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V


 

Varenne ; -v- consonne faible en auvergnat - Velay - Vercingétorix - Vermenouze (Arsène) - Vichy et Cusset - vigne - vocabulaires (les trois vocabulaires auvergnats) - voyageurs en Auvergne

 

VARENNE

On donne ce nom à des dépôts détritiques sableux infertiles, datant du soulèvement oligo-miocène des massifs orientaux de la Basse-Auvergne. Les nappes d'épandage provenant de l'érosion de ces massifs se sont répandus dans l'axe de la Dore puis de l'Allier à l'aval de Randan, formant soit des portions de plaine très plate (Varenne de Lezoux, la plus connue, Sologne bourbonnaise), soit des collines plus caillouteuses restées en général forestières (Forêts de Randan, de Marcenat, bois longtemps persistants sur les collines bordières de la Sologne bourbonnaise, comme la forêt de Voudelle, anéantie seulement par les bonifications du XIX° siècle), maintenues en contre-haut par le gel périglaciaire des époques glaciaires du quaternaire, qui avait durci ces sables. Ces varennes élavériennes (= du bassin de l'Allier) sont de même nature que les varennes ligériennes (= du bassin de la Loire) qui couvrent une grande partie des plaines du Forez et de Roanne et des collines de Saône-et-Loire autour de Bourbon-Lancy ainsi que du Nivernais méridional (Dornes - Luzy - Fours).

Le peuplement n'y fut pas plus tardif qu'ailleurs, mais il y fut plus clairsemé. Par contre, son instabilité a été surestimée, un enracinement très supérieur à ce qu'on croit généralement ayant été démontré par P. Bonnaud: A la recherche de l'identité d'un pays sans visage: Entre - Loire - et - Allier en Bourbonnais et en Nivernais à la lumière de l'occupation du sol et de l'onomastique, II° Rencontre médioromane de Souvigny, 2002. Les groupes familiaux ont joué un rôle essentiel dans la mise en valeur. En Auvergne, où la population a toujours été plus dense, prédomine l'habitat en villages lâches entourant de vastes couderts (sectionaux de village; l'étymologie fait remonter le mot au cotericos celtique, c-à-d à la vaste cour ouverte, aire de service du grand domaine - aedificium - gaulois). En Bourbonnais, les groupes de fermes ont souvent été dissous par les remaniements fonciers de la Reconstruction des Campagnes.

Milieu homogène mais ne disposant pas de la compacité géohistorique que donne la masse démographique, la Varenne a été moins résistante que la Limagne des gros villages à l'emprise des remembreurs de la noblesse et de la bourgeoisie d'époque moderne. Il en est résulté (mais sans doute plus lentement qu'on le croyait) la francisation des varennes bourbonnaises (même chose en Roannais). Dans un contexte plus solide de relations inter-auvergnates, la Varenne de Lezoux a conservé son dialecte. Mais il a subi plus d'atteintes par la francisation que la plupart des parlers bas-auvergnats : infinitif des verbes en devenu et parfois même comme celui des verbes français du premier groupe; prononciation française de ch et de j, empiétements grammaticaux du français dans la conjugaison et l'emploi du pronom personnel, francisations lexicales...

Au XX° siècle, la Varenne de Lezoux a fourni un modeste illustrateur en poésie à la langue auvergnate, Thaurin Saint-Roch. Antérieurement, Gabriel Marc (1840 - 1931) fut critique d'art et poète en français, très attaché à l'Auvergne qu'éloigné à Paris il évoque avec nostalgie dans Poèmes d'Auvergne.

 

V CONSONNE FAIBLE EN AUVERGNAT

Par un déplacement léger du point d'articulation, v se transforme en (w) puis disparaît:

  • en position intervocalique lorsqu'une de ces voyelles est a, o, ou: soen, goarnâ, proensà: souvent, gouverner, province;
  • à l'initiale absolue ou en liaison: sa-ous ? : savez-vous ?
  • devant ï en Livradois central: le ï: le vin;
  • dans le secteur Dore - Cézalier, v > z dans le même cas: zi: vin.

La faiblesse de v a contaminé la prononciation populaire française d'Auvergne, surtout en Limagne et contrées adjacentes: saez-ous ? oulez-ous ?

V est par ailleurs à l'aboutissement de l'évolution auvergnate qui, par exemple, se situe entre audire latin et ouïr français: audire > ouzî > euvï > ouïr.

Il est aussi surajouté comme consonne euphonique anti - hiatus (voir à Lettres euphoniques).

 

VELAY, VELLAVES

Le grand public ignorant de l'histoire confond souvent le Velay et la Haute-Loire. Or, celle-ci réunit aussi le Brivadois (Basse-Auvergne) et le Pays Saugain (Gévaudan). L'histoire tardive (fin du moyen âge, époque moderne) avait rattaché le Velay au Languedoc, pays d'Etats, d'où un régime fiscal relativement privilégié sous l'Ancien Régime, ce qui a laissé des nostalgies et occasionné certaines erreurs d'appréciation dans le public érudit local. Cependant les Vellaves [prononcez ve-lave] avaient été clients des Arvernes et leur civitas (cité) dont le Velay procède avait eu pour oppidum principal le plateau de Briton, proche des limites des Arvernes, puis jusqu'au VI° siècle, Ruessio (Saint-Paulien) non loin. Un curieux antagonisme démarcatif a été développé tardivement entre Brivadois et Velay. Aujourd'hui, il ressemble plutôt à un jeu et on en parle en riant. De la même façon, quelques érudits conservateurs vellaves, adeptes du provincialisme, ont créé au XIX° siècle le mythe du Col de Fix, frontière sévèrement surveillée de l'Auvergne et du Velay. Il est de nos jours entretenu dans des intentions tout autres par d'autres milieux, adeptes de chimères méridionales qui n'ont pas de bases sérieuses ni dans le passé ni à plus forte raison dans la réalité actuelle. Pourtant, du point de vue de la langue, le Col de Fix ne correspond à rien: le Velay se partage en trois bandes Ouest-Est en continuité avec celles de l'Auvergne: Nord (auvergnat septentrional, Craponne et Yssingelais); Centre (auvergnat médian, la plus grande partie, bassin du Puy et plateaux environnants); Sud auvergnat méridional, Pradelles, Le Monastier). Par ailleurs la division méridienne la plus nette est bien plus à l'Est (voir Le Puy et Saint-Paulien). Des traits évolutifs bas-auvergnats recouvrent une grande partie du Devès. Pour les particularités des territoires à l'Est de la Loire, voir Protestants du Velay et Yssingelais). A part l'abbé Natalis Cordat (Noëls au XVII° siècle) et le médiocre auteur de théâtre Clet (Monsieur Lambert, XVIII ° siècle), l'éveil littéraire vernaculaire fut tardif en Velay: au XIX° siècle avec l'influence félibréenne qui a joué en faveur des formes méridionales de la langue, ce qu'on peut regretter car le Centre est plus vaste, plus peuplé (Le Puy s'y trouve) et ses parlers sont plus originaux. Du moins le Velay a-t-il fourni au XX° siècle le plus grand prosateur "traditionnel" de l'Auvergne, Emile Brun, dit Mile Touénabrus. En langue française, la principale gloire vellave est Jules Vallès, dont la petite patrie n'était pas le souci principal.

De nos jours, le Velay est dans l'orbite économique de Saint-Etienne et de Lyon, vers lesquelles se font la plupart des migrations et dont proviennent les stimulations économiques. Il y a cependant toujours eu un courant vers Clermont et l'Auvergne et un autre vers le Bas-Rhône. L'Yssingelais est le bénéficiaire principal du voisinage de la région Rhône-Alpes, mais cette influence dynamisante tend à gagner le bassin du Puy. Le fort potentiel agricole du plateau du Devès n'est pas exploité pleinement. Or, c'est une sorte de Limagne de montagne qui pourrait être à fruit réciproque complémentaire de celle de la plaine.

 

VERCINGETORIX

1. La France de la III° République en avait fait un grand héros national, notamment lorsqu'elle avait besoin de préparer sa revanche militaire entre 1870 et 1914. Elle l'a depuis oublié. Il reste donc une figure de proue de l'Auvergne seule, qui se doit de l'évaluer en tant que tel.

2. Il fut le chef intelligent d'une insurrection générale vouée à l'échec pour trois raisons:

  • elle survenait trop tard, dans un pays déjà vaincu en détail et occupé;
  • les Gaulois étaient trop divisés et pagailleux, congénitalement en quelque sorte;
  • César a justement remarqué qu'à la différence des Germains qui surent tenir Rome en échec, les Gaulois n'étaient plus des "sauvages" mais, déjà frottés de civilisation gréco-romaine qu'ils admiraient, beaucoup d'entre eux étaient prêts à s'y intégrer (cf. D. et Y. Roman: Histoire de la Gaule (VI° siècle avant J. C. - I° siècle après J. C., Paris, Fayard 1997): un parti romain puissant existait partout, même chez les Arvernes.

3. Représentant de la haute aristocratie guerrière (son père Celtillos avait été exécuté pour avoir aspiré à la royauté de l'ensemble de la Gaule), il héritait d'une tradition politique clairvoyante: restaurer la Confédération arverne et unifier la Celtique, voire l'ensemble de la Gaule pour maintenir la puissance des Celtes gaulois et assurer leur avenir dans un monde où grandissaient des formations étatiques puissantes, dont Rome: cf. V. Kruta: Les Celtes, histoire et dictionnaire, collection Bouquins, Paris, R. Laffont 2000.

 

VERMENOUZE Arsène 1850 - 1910

Né à Vielles d'Ytrac dans une famille de propriétaires ruraux dont l'aisance provenait de l'émigration en Espagne et d'une de ces "sociétés auvergnates" de commerce, sorte de coopératives semi-familiales qui permettaient d'entreprendre avec une mise de départ faible. Celle des Vermenouze avait pour siège Illescas entre Madrid et Tolède. Arsène Vermenouze y travailla de 1867 à 1883 à vendre des produits d'épicerie, de mercerie et des tissus et semble y avoir connu le seul amour - malheureux - de sa vie pour une Espagnole que les statuts de la société interdisaient d'épouser.

A partir de 1879, il commence cependant à collaborer à des journaux cantaliens (L'Indépendant du Cantal, L'Avenir du Cantal). Rentré en France, il connaît la période la plus active de sa vie de 1884 à 1900: installé à Aurillac jusqu'en 1900, retiré ensuite à Vielles, il collabore activement au Moniteur du Cantal et à La Croix du Cantal; il fonde Lo Cobreto en 1894, publie Flour de Brousso en 1895, En Plein Vent en 1900. Après 1900, sa santé se dégrade: il était tuberculeux et la médecine de son temps contribua à son déclin en lui prescrivant un régime trop rigoureux et de l'exercice que son tempérament excessif poussa à l'outrance (il abattait des kilométrages ahurissants à la marche). En 1904 cependant, il produit Mon Auvergne, puis en 1909 Jous la cluchado, gâté par les débuts d'une archaïsation graphique sous l'influence de l'abbé Four. Après sa mort, Gabriel Audiat publia ses Dernières Veillées en 1911.

A cette époque plus encore que de nos jours, il était impossible de se faire publier et de gagner une réputation hors de Paris. Par contre, il s'y trouvait des gens assez désintéressés pour épauler ceux qui avaient du talent. Rappelons que sans le patronage de Lamartine, Mistral n'eût jamais conquis une telle renommée, à valeur égale. Vermenouze eut la chance de bénéficier de l'appui constant et désintéressé de Jean Ajalbert, très influent dans et hors des milieux auvergnats de Paris, de Louis Bonnet qui offrit un lancement royal à Lo Cobreto, plus tard de Gabriel Audiat et de de Ribier.

Il faut bien remarquer que si Vermenouze reste connu principalement par son oeuvre en langue vernaculaire, il fut aussi un poète français très estimé et que seul un goût imposé pour l'hermétisme et l'inintelligible a rejeté dans l'ombre ses poèmes français qui sont loin d'être sans mérite (Mon Auvergne fut d'ailleurs distingué par un prix de l'Académie Française).

En français comme en guyennais, Vermenouze est le type même du poète identitaire. Aux yeux de tous les Auvergnats, son oeuvre (qui se réclame d'ailleurs explicitement de l'Auvergne, au point que ses épigones moins talentueux ont trop étroitement limité celle-ci à l'Aurillacois) est une évocation irrésistiblement émouvante du pays, des paysages, des types humains, de la vie dans nos campagnes. A le lire, on ressent la même exaltation heureuse qu'en écoutant la vielle et la cabrette jouer une bourrée. Sa tota (la vieille parente restée célibataire qui se dévoue pour sa famille à la ferme ancestrale), la mort du facteur dans la neige, sa description du Poïs bas, de lo Fieiro, son évocation de la danse infernale de Lei duoi Menetos, du Biel Ourlhat - et tant d'autres ! - sont inoubliables.

Rançon de cet enracinement, Vermenouze a encouru, après 1968, les foudres des idéologues qui cherchaient à réorienter la défense des langues régionales vers le doctrinarisme et la politique et qui, en outre, avec un anachronisme parfait, s'offusquaient des idées conservatrices - catholiques du poète, comme s'il eût pu en avoir d'autres compte tenu de ses origines, de son environnement et de son temps, comme si n'être pas gauchiste avant le gauchisme eût constitué un délit majeur. Par la suite, il fut réutilisé par les mêmes, mais toujours mal aimé, d'autant que la graphie simple de se poèmes en aurillacois, aisément lue par tous, faisait ressortir l'étrangeté de la nouvelle écriture étymologique et archaïsante que le peuple ne savait comprendre.

Les arvernisants savent que Vermenouze n'est pas responsable de l'utilisation "auvergnate" que l'on fit de son oeuvre dialectale pour méridionaliser artificiellement l'image de leur propre langue, pour leur donner de faux modèles. Ils révèrent en lui un illustrateur de tout premier plan de la "matière populaire" d'Auvergne. Sur lui, il convient de connaître la thèse monumentale de Jean Mazières: Arsène Vermenouze (1850-1910) et la Haute Auvergne de son temps, Paris, Les Belles-Lettres 1965, qui devrait être dans toutes les bibliothèques auvergnates.

 

VICHY et CUSSET

Comme un train peut en cacher un autre, une fonction prestigieuse peut tromper sur les raisons d'être et de durer d'une ville. Ce qui fait émerger un lieu, c'est une situation qui lui permet des fonctions de rechange lorsque la conjoncture se modifie. Vichy fut certes une station thermale dès l'époque romaine (Aquis Calidis), puis "la reine des villes d'eaux" de 1860 à 1940. Mais depuis 2000 ans, il y eut toujours un lieu de statut urbain dans ces parages: lorsque ce n'était plus Vichy - pendant les longs siècles où cette paroisse était un village de jardiniers sous la protection de Sent Clhacre (Saint Fiacre) - Cusset prenait le relais tout comme, à un échelon supérieur, en vertu de nécessités objectives différentes mais analogues, le Bourbonnais prenait le relais de l'Auvergne selon une périodicité à peine différente.

La situation favorable d'où découle le statut urbain est un double carrefour:

  • l'un, bien visible, celui des deux axes méridiens de l'Auvergne centrale et orientale, le Val d'Allier et la vallée de la Dore qui ouvre un chemin en direction du Puy;
  • l'autre, moins évident, inégalement actif, en direction de la Bourgogne et du Nord-Est de la France (branche principale) et du Roannais et du Forez (branches aujourd'hui secondaires, mais qui eurent leurs périodes importantes à l'échelon local et régional).

Si l'on tirait mieux les conséquences de cette situation générale, il y aurait là des réserves de développement qu'une étude sérieuse mettrait en lumière.

Conformément au modèle actuel d'urbanisation en surface des campagnes, l'aire urbaine véritable de Vichy-Cusset dépasse de loin les deux villes. Dans le sens méridien, elle va de Saint-Yorre à Saint-Germain -des - Fossés, voire à Varennes-sur -Allier et dans le sens oblique (SO-NE) de Randan à la côte de Bost. Mais Vichy et Cusset ont acquis dans cet espace un statut supérieur grâce à leur emplacement (site):

  • Vichy, sur l'Allier avec pont et prestige du front de rivière rendu plus majestueux maintenant par une retenue de l'Allier, a la plus grande notoriété puisqu'elle a été acquise en phase d'économie ouverte et que ville et économie ouverte sont deux notions consubstantielles. Mais c'est une commune de petite superficie, elle n'a pas les moyens de gouverner le développement de l'agglomération.
  • Cusset a relayé Vichy dans la période de complémentarité rapprochée des relations économiques. Elle est en effet au contact de la vallée (horticulture, passage, terrains pour le développement industriel et commercial), du coteau autrefois viticole (Le Vernet) et recherchés maintenant par le lotissement résidentiel, des collines polyculturales de la Forterre, du massif de la Montagne bourbonnaise. Ce dernier, avant d'être un territoire d'élevage, fut fournisseur de main d'oeuvre, de migrants, de produits artisanaux (la fixation des noms de famille remontant au moyen âge, on ne peut manquer d'être frappé du nombre de noms de famille de cette montagne témoignant d'activités artisanales : Duzelier, Pitelet, Couperier, Burelier, etc...). Il faut aussi rappeler que Cusset fut une "bonne ville d'Auvergne" et que la création de la région d'Auvergne fut accueillie beaucoup plus favorablement dans l'agglomération vichyssoise que dans le reste de l'Allier. D'autre part, les liens multiples avec Roanne comme, beaucoup plus anciennement la création à Cusset d'une abbaye de Bénédictins fondée par l'évêque de Nevers (886) montrent bien que cette agglomération est une charnière essentielle de l'Auvergne du côté du Centre-Est à toutes les époques.

De nos jours, le déclin de la fonction thermale et la stagnation d'un secteur industriel cependant important et varié, font ressentir le besoin d'une relance. Elle semble se dessiner par l'inclusion dans la grande conurbation du Val d'Allier comme pôle septentrional de cette Arvernia qui se forme avec ou sans le nom: inévitablement, la RN 7 sera équipée même dans ce secteur encore délaissé; Vichy doit être reliée à l'A 71; la ligne de chemin de fer Lyon - Nantes par Saint-Germain -des- Fossés devra être modernisée et si la liaison Bordeaux - Lyon était jugée digne de renaître de ses cendres, ce serait encore mieux. Il n'est pas sûr par contre, au stade des projets actuels, très modestes, qu'on puisse beaucoup compter sur l'amélioration de la liaison ferroviaire entre Clermont et Lyon.

Mais à nos yeux, l'anneau urbain central serait une garantie encore bien supérieure, en incluant Vichy et Cusset, avec un rôle propre, dans la dynamique d'une véritable métropole de la France centrale, qui bouleverserait les schémas de hiérarchie urbaine et d'organisation du territoire sur une vaste échelle et à notre profit.

Vichy et Cusset sont restés longtemps étonnamment fidèles à leurs origines dialectales. Ils ont donné trois écrivains dialectaux, Michel Auclair (originaire de Gannat cependant) dit "le père Barre", auteur d'un almanach révolutionnaire au début de la III° République (Armanâ nouviau da pézan), Louis Lasteyras (originaire de Thiers) dont les récits picaresques réunis sous le titre d'En tilhant la chibre lau sé ne manquent pas de verve et Georges Roussel (un commissaire des jeux du Casino) dont Le penê retient l'intérêt malgré une tendance à la scatologie et à une gaillardise appuyée. En outre, les journaux (notamment La Tribune) ont publié des "chroniques patoises" jusqu'à une date récente.

 

VIGNE

Pour les publicitaires actuels et pour le public qu'ils conditionnent, l'Auvergne est un grand plateau de fromages et une source d'eau pure. Les Auvergnats authentiques, eux, ont toujours placé au sommet de leur hiérarchie de valeurs le "bon pays" des coteaux où prospère la vigne. Elle y bénéficie d'un ensoleillement supérieur à la Bourgogne, l'Alsace, la Champagne et d'excellents sols à forte teneur en calcaire. Au XIX° siècle, Alfred Legoy a justement appelé les vendanges "la fête nationale de l'Auvergne" réunissant la main d'oeuvre locale et des montagnards venus de partout. La viticulture auvergnate souffre d'un "déficit d'image" dû à l'histoire récente (XIX° et partie du XX° siècle) mais son histoire est extrêmement riche et parfois glorieuse.

1. Elle rencontra un succès immense dans l'Arvernie gallo-romaine. Dès que cela fut possible, les ceps furent plantés partout, d'abord par l'aristocratie gallo-romaine puis par des exploitants innombrables. L'oscillation climatique favorable du premier millénaire de notre ère la hissa très haut, notamment autour des Limagnes du Sud.

2. Au moyen âge et au début de l'époque moderne, le vignoble de Saint-Pourçain, dont les vins étaient appréciés aux cours royale et pontificale (d'Avignon) fut intégré dans le mouvement commercial de la France du Nord (les Cinq Grosses Fermes) et lui dut sa prospérité. L'Auvergne (province) restait enclavée. La péjoration climatique fut défavorable aux petits vignobles aventurés trop haut. De même la crise économique et démographique de la fin du moyen âge. Par contre, des établissements ecclésiastiques, puis des bourgeois développèrent une viticulture aspirant à la qualité autour des villes principales: Clermont, Riom, Cusset, Montluçon, Le Puy. Au XVII° siècle, les écrivains de langue auvergnate énumèrent des crus dont la réputation est déjà bien établie (Chanturgue en premier lieu). La qualité a sauvé le vignoble d'Auvergne dès cette époque.

3. Dans la seconde moitié du XVII° siècle, les travaux permettant de naviguer sur l'Allier provoquent l'apparition d'un grand vignoble le long du cours d'eau. Mais sur le marché parisien les bonnes places sont prises. D'où une orientation néfaste vers la production de masse. Elle s'accentue au XIX° siècle: dans la Basse Auvergne surpeuplée, la vigne devient un "arbuste à pain": on la cultive pour vendre le vin et pour acheter la nourriture, on recherche les gros rendements, on boit de l'eau ou de là vïnadà (piquette d'eau rougie). Le vin d'Auvergne acquiert la réputation détestable d'un "gros rouge qui tache". Une production excellente, le rosé (Corent, apparu au XVIII° siècle semble-t-il) ne peut compenser ce décri.

4. La crise du phylloxéra touche tardivement l'Auvergne (1893-1895). Pendant les vingt années précédentes, on avait planté fiévreusement pour compenser l'effacement des vins du Midi. Ceux-ci reparaissent sur le marché juste au moment où l'Auvergne est atteinte à son tour. Les vignerons auvergnats, qui n'avaient pas d'alternative firent des sacrifices inouïs pour replanter. Ils luttèrent aussi contre la crise qui les endettait par un malthusianisme catastrophique. Faute de moyens, ils replantèrent en "directs", plants américains donnant un produit exécrable. Le vignoble s'effondre après 1920: généralement décrié, privé de main d'oeuvre, il diminue très vite.

5. Après 1959, un petit nombre de vignerons modernes, optant pour la qualité, entreprend de le reconstituer. D'abord ingrats, leurs efforts finissent par donner d'excellents fruits, qui ne sont pas encore estimés à leur juste valeur: VDQS Côtes d'Auvergne, "crus" de Chanturgue, Châteaugay, Boudes, Corent, Madargues sont fournis par une coopérative (SICA Saint-Verny) et par des propriétaires particuliers dont le nombre recommence à augmenter, signe que la profession devient attractive.

Le vignoble de Saint-Pourçain, plus avancé, a déjà assis une réputation avantageuse (Union des Vignerons et propriétaires particuliers). Il vend en grande partie sur le marché parisien, mais ses débouchés sont diversifiés et la clientèle régionale augmente. Allongé sur 19 communes des terrasses bordant la Sioule et l'Allier, il bénéficie de terroirs homogènes et d'une continuité géographique qui fait défaut aux Côtes d'Auvergne. Il existe aussi un petit vignoble dans la vallée du Lot (Le Fel, Vieillevie), reste interessant d'un vignoble développé depuis le XVIII° siècle, avec des cépages différents de ceux du reste de l'Auvergne. En Brivadois et en Velay, le vignoble a pratiquement disparu. On note cependant quelques efforts récents pour le relever, manifestant combien la viticulture est chevillée au corps de notre région.

Les cépages principaux sont: le Pinot, issu de Bourgogne, très ancien en Auvergne et revenant en faveur; le Gamay, issu de la région lyonnaise, vins rouges; le Chardonnay (vins blancs). Il y en eut beaucoup d'autres: l'Auvergne, région charnière en toute chose, fut un véritable carrefour de techniques et de traditions viticoles.

Bien plus que Saint Vincent (bassin de la Dore) et des saints secondaires (Urbain, Georges), Saint Verny, venu de la Rhénanie par la Bourgogne et la Franche-Comté, est le grand protecteur du vignoble auvergnat, honoré d'une riche statuaire (cf. Aleil P. F.: Saint-Verny, patron des vignerons en Auvergne, Clermont-Ferrnd, La Française d'Edition 1982).

Sur cette question économique importante et culturelle capitale, voir: Vigne de toujours en Auvergne, Cercle Terre d'Auvergne, et dans la revue Bïzà Neirà, une riche série de textes en langue auvergnate (n° 54 à 61) et la série d'articles de L. Levadoux, P. Bonnaud et autres auteurs n° 62 à 70.

 

VOCABULAIRE. LES TROIS VOCABULAIRES AUVERGNATS

Langue - charnière à la rencontre du Nord et du Sud, de l'Ouest et de l'Est, mais vraie langue qui a son fonds propre et qui trie ce qu'elle accepte et ce qu'elle rejette, adapte les emprunts en les transformant profondément, nullement idiome hybride, la langue auvergnate a un vocabulaire particulièrement riche et diversifié. Il faut cependant distinguer la fausse monnaie de la bonne: les mots de français patoisé intrus dans les patois sont en fait un appauvrissement de la langue et les aspects multiples que les variations phonétiques donnent à un même mot, fût-il tout à fait indigène, s'ils ont des significations linguistiques d'intérêts divers, ne sont nullement une richesse lexicale, sauf lorsque l'auvergnat a nuancé les significations en même temps que les formes.

Il n'est pas difficile de reconnaître les mots caractéristiques et pratiquement pan-auvergnats qui différencient clairement notre langue de tout autre idiome gallo-roman: ainsi faure: forgeron, différent du fèvre septentrional (langue d'oïl) comme du fabre méridional (langue d'oc), pïtâ / peitâ / apeitâ:attendre (latin adspectare, italien aspettare), différent du français comme de l'espérâ méridional. Ces exemples ne sont ni des exceptions, ni même des raretés.

Néanmoins, dans le fonds authentique de l'aire auvergnate, on peut reconnaître trois subdivisions lexicales correspondant manifestement à des courants de romanisation.

1. Septentrionale, englobant l'arverno-bourbonnais et pénétrant profondément dans l'auvergnat septentrional, porté par les voies romaines de Lyon vers l'Ouest sur les marges intérieures et extérieures nord du Massif Central. Les correspondances avec la Cisalpine (gallo-italique) sont nombreuses et convaincantes.

2. Rhodaniennes, remontant le Rhône vers les diverses parties de l'Auvergne et apportant un stock à la fois péninsulaire et cisalpin.

3. Duranienne, correspondant à la partie auvergnate du bassin de la Dordogne. Il est plus difficile de cerner ses tenants et aboutissants. La nette différence entre l'auvergnat mauriacois et le guyennais aurillacois incite à ne pas surestimer le rôle du courant narbonnais. Il conviendrait d'explorer la piste du "grand limousin" originel (Centre-Ouest) où a pu s'individualise un fonds médioroman occidental pendant la longue phase de romanisation. On peut remarquer que le Mauriacois a eu des relations longues et profondes avec la Centre-Ouest: l'architecture religieuse, les courants de migration, les échanges connus le montrent de façon convaincante.

Enfin, il ne faut pas oublier, création purement autochtone, les "formations expressives", d'étymologie incertaine, mais immédiatement saisies par les Arvernophones, qui peuvent surgir n'importe où, mais qui sont une véritable spécialité des parlers limagnais, parmi lesquelles des mots d'argot, conséquence connue de l'urbanisation et de ses différenciations sociales.

 

VOYAGEURS EN AUVERGNE

Les plus célèbres ne sont pas nécessairement les plus intéressants: George Sand à Thiers "La ville noire", Mérimée (Notes d'un voyage en Auvergne), imprégné de la supériorité de l'art gothique et des châteaux de la "vraie France, je veux dire la France du Nord", mal disposé donc à apprécier le patrimoine roman de l'Auvergne. Plus utiles furent sans doute Gabriele Simeoni de Florence (Description de la Limagne d'Auvergne, Lyon 1661) qui ouvrit la question de Gergovie, donc l'intérêt pour nos antiquités celtiques; Guettard (Mémoire sur quelques montagnes de France qui ont été des volcans 1752, Mémoire sur la minéralogie de l'Auvergne 1759) qui établit le premier la nature véritable de nos monts les plus spectaculaires; Pierre J. B. Legrand d'Aussy (Voyage fait en 1787 et 1788 dans la ci-devant Haute et Basse Auvergne, 3 volumes, Paris an III) qui cherche à documenter aussi complètement que possible un correspondant fictif sur les aspects du pays et sur les moeurs; Ardouin-Dumazet (Voyage en France, 33° série, Basse Auvergne, Paris, Berger-Levrault 1903), mais aussi les volumes 27 (Bourbonnais et Haute-Marche), 32 (Haut-Quercy et Haute-Auvergne), 34 (Velay, Haut-Vivarais, Gévaudan) où il utilise des extraits de la carte d'Etat-Major au 1 / 80000° et ne se contente pas de décrire le pays, mais aborde consciencieusement ses activités et ses problèmes (comme le reboisement). Il faudrait en outre citer beaucoup d'autres noms comme celui de J. B. Bielawski (Récits d'un touriste auvergnat, qui traite des contrées autour d'Issoire sur le mode documentaire) et ne pas oublier, dans le registre identitaire qui est le nôtre, la série, maintenant très abondante, des articles intitulés A travers l'Auvergne dans la revue Bïzà Neirà, qui réunissent une documentation considérable et la traitent sur le mode d'une réflexion géohistorique et culturelle vernaculaire approfondie.

 


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