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Ravel (Charles-Antoine) - "Reconstruction des Campagnes" - région - Reichel (Karl-Heinz) - Ribeyre -
roman (art) - Romanisation - Rouchon (Ulysse) - Rouergue et Aveyron - Roy (Jean)

 

RAVEL Charles-Antoine 1798 - 1860

Ecrivain clermontois en langue auvergnate. Issu du milieu vigneron à tendance républicaine, il a produit plusieurs oeuvres "engagées" : La Paysade, poème héroï-comique en 4 chants (1818), où il raille l'accueil triomphal que les paysans royalistes montferrandais réservèrent en 1816 à la duchesse d'Angoulême dont ils tirèrent le char à la force des bras ("les mulets blancs"); une satire des milieux bourgeois clermontois (Dïn Clharmou superbà vialà); le Combat des rats et des belettes (qui s'en prend à la légende napoléonienne en formation); les Stances pour la mort du général Foy, héros des libéraux sous la Restauration. Autre oeuvres : l'épitre à Babet (vante les charmes de la campagne... d'Herbet à la femme aimée), Lettre patoise d'un poète d'Auvergne au poète patois de la Gascogne (il s'agit de Jasmin). Il annonçait des Géorgiques auvergnates ou l'art de travailler les champs d'Auvergne dont on n'a pas de trace. Emile Ruben affirme que la mort le surprit alors qu'il les composait. Ecrivain médiocre, mais homme d'idées et de réflexion (en même temps que de courage politique) il voulait, sur la base des écrits clermontois de François Perdrix, qu'il admirait, élaborer une langue littéraire, l'avernat, surmontant la fragmentation des patois dont il comprenait combien elle nuisait au prestige et à l'efficacité culturelle de la langue. Faute des études qu'il annonçait, on peut voir, à la lecture de son oeuvre, qu'il fondait cette langue sur celle de Clermont, comme avant lui Tailhandier et qu'il évolua vers une graphie de plus en plus phonétique en accord avec une tendance permanente et générale des auteurs en notre langue.

Il écrivit aussi en français des oeuvrettes de la même veine politique, satirique et combative (Tisiphone, ode satirique... adressée au ministère Casimir Périer et à tous les doctrinaires des deux chambres; La cloche cassée, poème héroï-comique en 4 chants; Eloge de Desaix, en vers également).

 

"RECONSTRUCTION DES CAMPAGNES"

C'est un long processus de restauration agricole, de transformations agraires et d'évolution sociale qui suivit la crise de la fin du moyen âge (guerre de Cent Ans) et qui donna aux campagnes françaises la physionomie venue jusqu'au seuil de notre époque et aux bouleversements apportés par l'agriculture industrielle de masse. Même après ceux-ci d'ailleurs les traces de la Reconstruction des Campagnes restent bien visibles.

Les communautés paysannes, affaiblies démographiquement et économiquement par la crise ne purent résister à l'offensive domaniale des seigneurs et des bourgeois anoblis. Par des rachats de droits féodaux complétés ou non par des achats de terre, une noblesse foncière nouvelle constitua de grandes propriétés dont l'exploitation fut souvent fractionnée en métairies. Plus exigeante que l'ancienne, la nouvelle aristocratie rechercha la rentabilisation de son investissement et orienta l'exploitation vers des activités spéculatives (l'élevage bovin dans nos régions).

Le nombre étant la seule sauvegarde des paysans d'Ancien Régime, les progrès du remaniement foncier furent inversement proportionnels à lui : faibles en Limagne centrale très densément peuplée, modestes dans le reste des plaines et sur une grande partie des plateaux (l'Auvergne avait été une des régions les plus épargnées par la crise démographique), forts dans les contrées peu peuplées (Bourbonnais, montagnes volcaniques) et dans celles où la crise avait engendré un paupérisme particulièrement grave (Cantal occidental et méridional).

La Reconstruction des Campagnes a transformé:

  • le paysage: développement du bocage qui ne prit cependant toute son ampleur qu'aux XVIII° et surtout au XIX° siècles, dans les contrées les plus touchées par la poussée de l'élevage bovin;
  • l'habitat: peu efficace dans les régions très peuplées qui gardèrent leurs villages compacts, un peu plus dans les secteurs de densité moyenne où l'accroissement des villages fut limité par la ceinture des terres domaniales et des maisons de maître qui limitaient l'expansion de la société paysanne, la Reconstruction créa en Bourbonnais et dans les montagnes un réseau de groupes de fermes, fermes isolées et burons qui y transforma largement la physionomie de l'espace bâti;
  • la structure sociale : différenciation accrue de la société rurale et augmentation des tensions sociales surtout en Bourbonnais et à l'époque (un peu plus tardive : surtout XVIII° et XIX° siècles) où des propriétaires absentéistes se firent remplacer par un intendant ("fermier général") qui cherchait à s'enrichir aux dépens des propriétaires et des tenanciers.

Suite à des romans à succès (La vie d'un simple d'Emile Guillaumin) on a surtout retenu ces inconvénients sociaux. Mais il faut reconnaître objectivement que les grandes exploitations ont modernisé la production (bonifications bourbonnaises du XIX° siècle d'après l'exemple de Victor Destutt de Tracy; adaptation aux besoins du marché). La durée même du tableau de la France rurale dessinée par elles prouve leur efficacité économique.

On remarquera avec un brin d'humour que les ultra-défenseurs du bocage actuel sont souvent les descendants (au moins idéologiques) de ceux qui le combattirent lorsque les enclosures limitaient leurs droits de vaine pâture (pâturage sur les jachères et sur les landes). Noter aussi les paradoxes de la chronologie: les landes, si belles avec leurs bruyères violettes et si utiles à la paysannerie, n'eurent pas de défenseur en leur temps, alors que le bocage, pour garder une utilité, mérite au moins d'être éclairci là où le "bocage terminal" (qui enfermait les petites parcelles des polyculteurs ruinés par la crise céréalière de la seconde moitié du XIX° siècle) gaspille le sol utile et nuit aux prairies par sa densité excessive (voir de nombreux versants de vallée aux quatre coins de notre région).

Enfin il est important de noter que dans le Sud de notre région (bassin de la Dordogne), où les débouchés des marchés de la France du Nord étaient alors inaccessibles, la Reconstruction des Campagnes se traduisit essentiellement par un renforcement des droits des propriétaires, non par une stimulation économique, d'où une paupérisation paysanne accrue qui est une des causes de l'accroissement précoce de l'émigration cantalienne.

 

REGION

Le mot latin regio, venu de regere: diriger, signifia direction, ligne, limite, frontière; puis à l'époque impériale: ce qui est contenu à l'intérieur de cette limite, d'abord quartier de Rome, puis portion de territoire, "région".

En français actuel, région est mis à toutes les sauces: terme administratif (la région Auvergne), zone d'influence d'une ville (la région clermontoise), simple portion de territoire, avec fréquemment la dérive particulièrement dangereuse de la considérer comme homogène (cf le Petit Robert: "territoire relativement étendu, possédant des caractères physiques et humains particuliers qui en font une unité distincte"). Or, ce qui fait la solidité, l'efficacité et l'originalité d'une région, c'est l'articulation de plusieurs unités complémentaires par un réseau privilégié d'échanges constants (pour une étude approfondie du concept, voir Bonnaud P. : Terres et langages, peuples et régions, 2 volumes, Clermont - Chamalières, Cercle Terre d'Auvergne 1981).

L'Auvergne, avec son couloir limagnais de plaine (Limagne), ses plateaux, massifs et volcans, ses subdivisions elles-mêmes enrichies de complémentarités (voir par exemple Sanflorain) est le type même de région avalisée par une très longue permanence historique.

Mais chaque système économique réforme à sa mesure le module des régions: les systèmes à échanges faibles et à communications lentes et précaires juxtaposent des unités d'une taille et d'une conformation différente de ceux qu'irriguent de puissants moyens de communications et d'échanges, l'économie ouverte se traduit par une "escalade des dimensions" (déjà perceptible dans les grandes provinces romaines: voir par exemple Aquitaine première), tandis qu'elle dévalue les complémentarités traditionnelles ou oblige à les considérer autrement. Mais il est essentiel de ne pas se tromper de configuration: les contours divers qu'on prête actuellement au Massif Central montrent bien que les enjeux régionaux qu'on agite autour d'une notion dont on ne se donne pas la peine de cerner le contenu sont ambigus. Aussi, aucune région ne peut s'affirmer et se maintenir sans une composante culturelle fortement enracinée dans les esprits. De ce point de vue, la conscience de l'originalité de la langue auvergnate et de la civilisation populaire régionale est un atout capital de la perpétuation de l'Auvergne.

 

REICHEL Karl-Heinz

Dialectologue allemand, qui perpétue au profit de la langue auvergnate la grande tradition de la philologie romane allemande. Formé par une des universités les plus anciennes et les plus prestigieuses (Erlangen), il a commencé ses enquêtes en Auvergne en 1981 et a produit depuis lors sans interruption une oeuvre d'une importance capitale, dont les jalons principaux sont:

1. Plusieurs séries d'articles publiés par la revue Bïzà Neirà, dont il est un collaborateur attitré, en particulier une quinzaine d'études sur différents parlers locaux, une trentaine sur les mots et sur leur étymologie.

2. Une thèse intitulée Les parlers du Puy-de-Dôme et parlers voisins au NO et à l'Est, Chamalières, Cercle Terre d'Auvergne 1991: forte de plus de 150 points d'enquête, une densité jamais atteinte ni même approchée, elle étudie autour de 132 cartes tous les faits phonétiques, morphologiques et syntaxiques de l'étendue considérée où se rassemblent les originalités les plus marquées de la langue auvergnate (ouvrage épuisé actuellement; réédition limitée envisagée).

3. Il achève (2001) le Grand dictionnaire auvergnat - français (en instance de publication aux éditions CREER, 63340 Nonette).

4. Il prépare une étude de synthèse, la première du genre, sur l'arverno-bourbonnais. Il poursuit d'autre part ses recherches en direction de l'Auvergne médiane et méridionale. Capable d'enquêter directement en langue auvergnate ("il sait même l'allemand" disait un de ses interlocuteurs qui ignorait sa nationalité), il a aussi écrit des poèmes en notre langue et exhumé le précieux manuscrit du domaine de la Barre (Bïzà Neirà n° 95, 1997) ainsi que produit quelque autres articles sur divers sujets auvergnats (étude de lieux-dits cadastraux: Espinasse, Bïzà Neirà n° 46, etc...).

 

RIBEYRE

L'auvergnat rebeirà / ribeirà est resté fidèle à l'étymologie. Dérivé de ripa: rive, le mot latin riparia ("ce qui se trouve sur les rives, ce qui concerne les rives" = "l'ensemble des rives") ne concernait pas le cours d'eau lui-même, mais l'ensemble de la vallée avec ses versants, voire, au bord de la mer le versant seul, d'où l'ancien sens du français rivière ("les rivières du Ponant") et de l'italien riviera. Rebeirà est un concept de la géographie descriptive, agricole et régionale: il désigne une dépression allongée, bien circonscrite entre des plateaux ou massifs, abritée, joignant des terres cultivables de fond de vallée et des versants: il n'y a pas de Ribeyre si le versant est rocheux et incultivable.

Deux Ribeyres surtout sont connues en Auvergne: celle de la Dordogne autour de Bort et surtout celle de Langeac, qui s'allonge de Prades à Monistrol et qui, malgré quelques secteurs en gorge, juxtapose ses bassins (Prades, Langeac, Lavoute-Chilhac) et des grands versants souvent aménagés en palhâ (terrasses de culture): Saint-Ilpize, Villeneuve - d'Allier. Vignes, noyers, autre arbres fruitiers, champs, prés de fauche composent un paysage humanisé harmonieux, autour de villages serrés. La délimitation claire de l'habitat et de l'étendue cultivée est un élément essentiel de cette harmonie que trouble la tendance actuelle à essaimer des constructions banales n'importe où.

La Ribeyre est un concept paysager précieux qu'il faut s'efforcer de maintenir dans les esprits auvergnats. Il diffère (en langue auvergnate) de là valadà, terme topographique ("la vallée") et du founzau: fond de vallée occupé ordinairement par des prairies parfois inondables. La langue auvergnate nous offre ainsi une capacité d'analyse paysagère d'une précision inconnue du français actuel qui s'est progressivement coupé de ses bases rurales sous l'influence de "la Cour" puis de "la Ville".

 

ROMAN (ART)

Fait de civilisation "emblématique" par excellence de l'Auvergne, pour reprendre un mot à la mode, l'art roman suscite continuellement des publications. Beaucoup ne font que rajouter de belles photos à la recopie plus ou moins simplifiée d'ouvrages plus anciens (articles de Louis Bréhier; Eglises romanes d'Auvergne du docteur Balme, Clermont-Ferrand 1955; Les églises romanes de Haute Auvergne d'A. de Rochemonteix, Paris 1902; Auvergne romane du chanoine B. Craplet, Paris, Zodiaque 1955; La sculpture romane d'Auvergne de Z. Swiechowski, Clermont 1973; Dictionnaire des églises de France, II b Auvergne, Limousin, Bourbonnais, [Forez], Paris 1966...). Le sujet semble si rebattu aux spécialistes de l'histoire de l'art auvergnat qu'en attendant un renouvellement qui surviendra inévitablement, ils se tournent vers d'autres. A tous les niveaux, de l'initiation simplissime à l'étude très spécialisée, il est facile de se documenter sur la question. C'est pourquoi nous n'essayerons pas de la résumer une ixième fois en quelques lignes.

Par contre, il n'est sans doute pas inutile de tenter d'évaluer ce grand phénomène sur le plan identitaire.

1. Ses préfigurations haut médiévales (sur lesquelles les vestiges sont malheureusement trop fragmentaires) et du début du moyen âge stricto sensu sont l'avant-dernière manifestation de l'art romain (et de son prolongement byzantin), tandis que l'art roman lui-même est encore une adaptation de ce dernier, mais en voie d'émancipation. D'autre part, l'art roman s'est largement développé non seulement sur le pourtour méditerranéen, mais au-delà. Donc on ne peut le présenter comme une manifestation de la "civilisation méditerranéenne" ni à plus forte raison de la prétendue "civilisation d'oc" face à une "civilisation d'oïl" ou "du Nord". Les appréciations fondées sur des oppositions simplifiées ne doivent pas empiéter sur la réalité des faits.

2. Par sa présence massive en Auvergne, l'art roman traduit cependant une prépondérance des relations avec l'aire péri-méditerranéenne de l'ancien Empire romain. Comme toujours en Auvergne, la réadaptation sera lente et progressive. Mais l'art roman auvergnat est très fortement typé. Et malgré son caractère austère, voire parfois fruste, il soulève un intérêt aussi grand que l'art roman poitevin, bourguignon ou aquitano - catalan. C'est la preuve que l'Auvergne a su trouver un style propre traduisant une certaine autonomie de l'inspiration artistique et atteignant une valeur esthétique convaincante.

3. Les spécialistes hiérarchisent fortement les édifices en fonction de la valeur artistique qu'on leur reconnaît (cf le "églises majeures" qui résultent d'ailleurs en partie d'une sorte de "centrisme" bas auvergnat et clermontois : songeons à l'intérêt exceptionnel de maint édifice vellave et cantalien). Mais les Auvergnats d'une part et beaucoup d'amateurs éclairés d'autre part accordent une grande importance à la densité du "petit patrimoine" d'églises et de chapelles rurales qui témoigne de la compacité culturelle de la population auvergnate aux siècles passés.

4. Les spécialistes n'ont pas fini de s'interroger sur les énigmes de l'ornementation romane (sculptures, dont le célèbre "bestiaire roman", fresques, adjuvants de l'architecture). En se plaçant dans une optique pluri- disciplinaire, et notamment en tenant compte d'acquis historiques et ethnographiques récents, ne peut-on se demander très sérieusement si :

  • l'église romane, ramassée et sombre, surtout en Auvergne, est seulement le résultat d'insuffisances dans l'art de bâtir ou si elle n'a pas une valeur de "caverne mystique", d'écho transformé de "l'Eglise des catacombes" primitive qui marqua si fortement les esprits des chrétiens des premiers siècles ?
  • dans l'atmosphère peu intellectualisée et non rationalisée du temps, l'ornementation n'est pas la réunion syncrétique, subtilement organisée par l'Eglise "ad majorem Dei gloriam" et toute naturelle chez les populations, de la symbolique chrétienne ascendante et des vestiges christianisés des anciens mythes gaulois et gallo-romains, encore chargés de beaucoup de réminiscences originelles, devenues indistinctes faute d'enseignement mais encore puissantes sur les esprits incomplètement acculturés.

 

ROMANISATION

Dans leur souci d'expliquer tout en l'exagérant la prétendue "opposition oc - oïl", certains comme A. Brun n'étaient pas loin d'opposer deux peuples quasi - éternels, puisqu'ils voyaient la "langue d'oïl" formée sous l'influence d'un substrat gaulois, tandis que la "langue d'oc" était le latin parlé par des populations antérieures, qui n'avaient été recouvertes que très superficiellement par les Celtes. Ce point de vue, encore sous-jacent quoique inexprimé dans beaucoup de conceptions ne tient pas debout : nul fait historique ne corrobore cette prétendue opposition ethnique et les limites entre les deux supposées langues ayant varié sur un étendue importante, il est difficile de donner au substrat méridional une grande permanence ici, une évanescence là. Il est d'ailleurs bien connu maintenant que la celtisation fut maxima dans le Nord-Est et le Centre et que les substrats indigènes étaient aussi importants à l'Ouest qu'au Sud.

Le philologue allemand Bodo Müller a rappelé avec juste raison que les particularités des langues néo - latines résultent avant tout des conditions dans lesquelles le latin s'est répandu et a supplanté les langues des peuples soumis. Il faut se rappeler aussi qu'une langue disposant d'anticorps aptes à éliminer les corps étrangers, les restes des langues disparues s'amenuisent avec le temps et ne doivent pas être surestimés. Ils sont plus tenaces dans la toponymie, dans certains faits phonétiques et de syntaxe que dans la morphologie et le vocabulaire. Ils ne sont pas non plus éliminés au même rythme et pas tout à fait dans les mêmes proportions dans les plaines ouvertes et sur les montagnes écartées et peu pénétrables, qui montrent aussi des archaïsmes et des décalages dans le legs de la langue dominante.

Renvoyant pour un exposé plus complet à P. Bonnaud : Grammaire générale de l'auvergnat à l'usage des arvernisants, Cercle Terre d'Auvergne, Chamalières 1992, on se contentera ci-après de quelques lignes directrices hiérarchisant les faits fondamentaux:

  • L'unification politico - administrative et l'économie ouverte de l'Empire romain créaient le besoin d'une langue commune. Mais, dans le contexte de la circulation lente, l'effacement des langues des peuples soumis était loin d'être achevée lorsque l'Empire s'effondra : Saint Jérôme atteste la vitalité du gaulois au V° siècle à Trèves, région frontière où la présence romaine avait été très forte et très continue.
  • La progression du processus de romanisation a dépendu:

de la durée : près d'un siècle de plus et à l'apogée de la puissance romaine en Narbonnaise , zone d'origine du provençal et du languedocien que dans le reste de la Gaule, sans compter que l'influence romaine y était forte bien avant la conquête nominale;

de la proximité: les régions méridionales (d'oc) jouxtaient le coeur méditerranéen de l'Empire, elles étaient reliées à lui par le maximum de voies terrestres et maritimes, la densité des villes et leur conformité au type romain y étaient maxima.

de l'intégration par les communications: l'espace médian (médioroman) a été romanisé par de grandes voies Est-Ouest à partir de la Cisalpine et du bassin rhodanien. Le Nord-Est de la Gaule, proche du limes, était mieux irrigué que le Nord-Ouest (qui deviendra la Neustrie et où naîtra le français d'une "résurgence indigène" influençant plus facilement le latin très rural de régions sans grande ville). Vers la fin de l'Empire romain, il y avait en Gaule trois secteurs déjà potentiellement distincts de romanisation : le Midi, le territoire médian avec le Nord-Est, le Nord-Ouest.

  • D'autres modalités ont joué, leur influence étant accrue par les conditions de la circulation lente: origine des colons et légionnaires s'installant, des administrateurs (même là où ils étaient peu nombreux ils donnaient le ton); comportement de l'aristocratie gauloise (qui joua le jeu de la romanisation en Arvernie); régime colonial (la cité des Arvernes bénéficia du privilège important et rare de Civitas libera). C'est pourquoi G. Duby a pu écrire que l'Auvergne était "un îlot de romanité préservé au coeur de la Gaule barbare" (il anticipait un peu: il aurait dû écrire: "l'Auvergne des plaines et des coteaux").
  • On est maintenant certain que la romanisation s'est achevée bien longtemps après la chute de l'Empire romain, donc dans le contexte de la Gaule barbare. Le Midi garda ses relations privilégiées avec le monde méditerranéen bien au-delà du haut moyen âge. Le Nord, base de la langue d'oïl (donc du français) fut marqué à la fois par ses origines belges, sa ruralité à l'époque romaine, un superstrat germanique plus important qu'ailleurs et la coupure relationnelle avec le reste du pays imposé par les guerres mérovingiennes incessantes. La Gaule médiane évolua sur un fond indigène plus stable, dont les particularités régionales furent exaltées par la prépondérance des relations à courte et moyenne distance et le développement de tendances autarciques, anciennement perceptibles en Auvergne en particulier.

 

ROUCHON Ulysse

Remarquable érudit vellave, actif au cours de la première moitié du XX° siècle. Sa compétence fur reconnue: Conservateur des Antiquités de la Haute-Loire et des Musées du Puy, Secrétaire perpétuel de la Société académique du Puy et de la Haute-Loire, il fut lauréat de l'Institut et membre non résidant du Comité des Travaux historiques et scientifiques au Ministère de l'Education nationale.

A son crédit, principalement un ouvrage monumental (édité de 1933 à 1938 par la Société des Etudes locales du Puy): La vie paysanne dans la Haut-Loire (réédition Laffitte Reprints, Marseille 1977). Les trois tomes réunissent un tableau très complet du sujet:

I. Les industries rustiques de l'habitation, du vêtement, de l'alimentation et du travail: la terre, la race [= la population], la maison, le costume, la nourriture, les moyens d'activité.

II. Les travaux et les jours rustiques: la famille rurale, son organisation, sa vie, ses auxiliaires, les travaux ordinaires et saisonniers; les occupations extraordinaires et extérieures; les repos intimes, les fêtes religieuses, le cycle des fêtes paysannes; les repos obligatoires; la maladie, l'accident, les épidémies.

III. L'âme rustique: l'esprit paysan devant le mystère et devant la vie; croyances et superstitions; la langue populaire; contes et légendes; la sapience paysanne; pronostics météorologiques, dictons, remarques, devinettes, blasons et fariboles, comptines, jeux, formulettes, ritournelles, chants d'enfants, chants et danses.

A son débit, la polémique hargneuse qu'il entretint contre L'Auvergne et le Velay de Lucien Gachon. D'une part, il n'en avait pas mesuré la valeur et l'ampleur synthétique. De l'autre, on est obligé de constater qu'il eut le réflexe de tant d'auteurs qui estiment s'être constitué un "domaine" et qui entendent pourchasser ceux dont ils estiment qu'ils viennent piétiner leurs plates-bandes.

 

ROUERGUE et AVEYRON

Rouergue vient du peuple gaulois des Ruthènes, mais ceux-ci, qui semblent avoir été alliés et peut-être clients des Arvernes, occupaient originellement le vaste territoire réunissant les départements actuels da l'Aveyron et du Tarn. La conquête romaine de la Narbonnaise (-125 -118) leur arracha ce dernier, dont le destin resta séparé: après la Narbonnaise, il fit partie de la Septimanie, puis devint l'Albigeois, partie du Comté de Toulouse. Le Rouergue, lui, fit partie comme l'Auvergne de l'Aquitaine première puis de l'archidiocèse de Bourges. Mais à la fin du haut moyen âge, il entra à son tour dans l'orbite du Comté de Toulouse et de son système de relations économiques. Suite à ces liens étroits, la langue régionale du Rouergue est de type languedocien peu différent de celui de la région toulousaine.

Les relations du Rouergue et de son successeur, le département de l'Aveyron avec l'Auvergne sont variables avec les temps et les lieux:

  • René Girard (Quand les Auvergnats partaient conquérir Paris, 1979) a souligné que ceux de l'ancien arrondissement d'Espalion (au Nord du Lot: Aubrac, plateau de la Viadène, Rivière d'Olt) se sont agrégés facilement aux Auvergnats de Paris. Ils migraient depuis longtemps déjà vers la Planèze de Saint-Flour. Le canton de Mur-de-Barrez, tourné vers Aurillac, demanda unanimement (mais en vain) son rattachement au Cantal en 1926.
  • Les Rouergats du "noyau dur" autour de Rodez aspirent à voir leur identité reconnue. Ils ont été réticents envers les Auvergnats de Paris, mais ils le sont presque autant envers la région Midi-Pyrénées dans laquelle ils s'estiment marginalisés.
  • Les habitants de l'Ouest (Villefranche) et du Sud (Millau) ont des horizons franchement méridionaux, mais divergents, les premiers vers Toulouse, les seconds vers Montpellier.
  • Pays fortement catholique, l'Aveyron a été une terre d'élection de la JAC (Jeunesse Agricole Chrétienne) qui, après 1950, a amplifié un mouvement de bonification agricole particulièrement spectaculaire en Ségala depuis la fin du XIX° siècle. Les Ségalis louent une grande partie des estives cantaliennes, élargissant ainsi leurs exploitations insuffisantes sur le sol auvergnat.

 

  • La ville de Rodez connaît un développement assez dynamique depuis quatre décennies (1960-2000). Mais elle n'a pas dépassé le stade de ville moyenne. C'est un des cas où le concept de "réseau de villes moyennes" pourrait être bénéfique si Brive, Aurillac et Rodez pouvaient trouver un projet commun qui soit autre chose qu'un répertoire d'espérances.
  • l'amélioration du réseau routier est à l'heure actuelle la priorité principale : liaison avec Toulouse (devenue excellente), jonction avec l'A 75 qui écorne le Sud-Est du département, éventuelle A 88, plus problématique.

 

ROY Antoine, dit Jean 1773 - 1853

Né et mort à Gelles. Juge de paix à Rochefort, maire de Gelles, expert - géomètre. Destitué aux Cent Jours, rétabli par la Restauration. Légitimiste convaincu, quitta ses fonctions officielles en 1830 pour ne pas prêter serment à "l'usurpateur" Louis-Philippe. Ecrivit en auvergnat sur les instances de Gonod: une lettre à celui-ci, outre une modestie peut-être affectée, montre déjà l'empreinte du complexe du patois: il prise peu l'écrit en cet idiome qu'il pratique cependant. Oeuvres principales:

  • Le Tirage ou les Sorciers, dialogue en vers. Comment un jeune paysan appelé pour le tirage au sort se fait gruger par des aigrefins qui lui promettent de l'y faire échapper.
  • Les Jolis Maîtres et les Instigateurs. Dialogue en prose entre un maire de village, ignare et suffisant, et un paysan naïf à propos de la venue au village de géomètres levant le premier cadastre.
  • Le Maire compétent. Un paysan royaliste et catholique cloue le bec à un maire tyrannique et suffisant à l'occasion d'une élection au suffrage censitaire.

Toutes ces oeuvres sont en auvergnat malgré le titre en français. Il a aussi écrit quelques menues "pièces fugitives" en notre langue, ainsi qu'en français des textes de la même veine, comme Le Vainqueur de Juillet où un participant à la révolution louis-philipparde et sa concubine sont présentés comme des escrocs arrogants et sans foi ni loi.

Véritable fondateur de la prose en auvergnat, il écrit une langue juste, ferme, riche en tournures, idiomatismes, dictons et proverbes. Ecrivain "civique", il reste naturel, ne succombant pas à la tentation de "bourrage de crâne" qui apparaît chez ses successeurs des époques plus intellectualisées de la fin du XIX° siècle et du XX°.

Chose rarissime pour un écrivain en langue auvergnate, il eut un vif succès: ses oeuvres furent rééditées, certaines jusqu'à quatre fois.

 


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