Accueil


N


 

nation - Nivernais - "Noëls" auvergnats

 

NATION

Il faut être conscient que la Révolution française bouleversa complètement le sens de ce mot, en lui donnant une de ses acceptions politiques, qui fit d'ailleurs l'objet de controverses nombreuses. Auparavant, et surtout au moyen âge, mais encore aussi à l'époque moderne, la nation était une communauté de langue. En ces temps d'oralité dominante, qui laissaient se développer des variantes linguistiques, mais donnaient aussi l'habitude de comprendre ce qui n'était pas tout à fait semblable, cette communauté de langue doit être comprise comme un ensemble de dialectes apparentés (au moyen âge, il n'y avait guère que des dialectes, les langues "vulgaires" [= populaires] étant sans prestige face au latin). C'est ainsi qu'il faut évaluer la "langue d'Auvergne" des chevaliers de l'ordre de Malte. Il reste que le sens très sûr des praticiens savait bien distinguer ce qui est relativement semblable de ce qui est réellement différent. On peut donc se fier à la différenciation de la "langue d'Auvergne" par rapport à celles de "France" et de "Provence", même si le fait, mal compris des scribes ultérieurs, a été déguisé de diverses façons.

Sous la Révolution, des paysans combraillais furent inquiétés pour avoir crié "à tieu là nasieu ! " (à bas la Nation !). C'est le mot - symbole d'un régime de tracasseries qu'ils conspuaient ainsi. Par la suite, l'Etat - Nation sut gagner l'adhésion du peuple : les Textes populaires clermontois du XIX° siècle en auvergnat montrent l'attachement à la gloire de la France chez les vignerons travaillés par la légende napoléonienne en formation. Cela montre que dans les esprits auvergnats les deux conceptions historiques de la nation étaient compatibles, pourvu qu'elles coexistent avec mesure : sans nivellement centraliste des personnalités régionales avalisées par l'histoire, sans intention dissolvante, style "Europe des régions", de nier la communauté de destin forgée par la Gaule - France, tendanciellement depuis plusieurs milliers d'années et consciemment au cours du dernier millénaire.

Actuellement, on peut considérer que la nation joue pour le peuple le rôle tutélaire que la famille joue pour les individus. Elle est systématiquement dénigrée comme elle par les idéologies confusionnistes du XX° siècle, aussi bien celle de 1968 que celle du mondialisme. Si l'une et l'autre ne sortent pas de la crise rétablies dans leur rôle naturel, on pourra dire que l'on sera vraiment transplanté sur un nouvelle planète et qu'un nouvelle espèce y naîtra

 

NIVERNAIS

A l'est de la grande coupure physique et humaine de la Loire méridienne, qui sépare la France centrale du Centre - Est au sein de la France médiane, le Nivernais a certes toujours appartenu au compartiment oriental : portion de la cité des Eduens, partie de l'évêché primitif d'Autun, appartenance à la Bourgogne sous ses diverses formes. Cependant:

  • Le Morvan a toujours entravé les relations de cette Bourgogne ligérienne avec la grande Bourgogne du bassin de la Saône.
  • L'évêché de Nevers fut détaché d'Autun avant le XIII° siècle. Le Nivernais a occupé une place spéciale dans la Bourgogne historique d'Ancien Régime.
  • Bien que la francisation ancienne et profonde empêche d'atteindre des certitudes, il n'est pas sûr que la Loire séparait dialectalement le Berry de la Bourgogne : divers indices portent à se demander si la limite ne se trouvait pas originellement sur les plateaux sableux et forestiers du centre du Nivernais. De nos jours encore, l'Ouest est carrément ligérien. A l'Est, on sent bien à toute sorte d'indices des rapports plus développés avec Dijon, Autun, etc...
  • Lors de la tentative de modernisation de l'Ancien Régime, le Nivernais fit partie de la Généralité de Moulins. Il y a toujours eu, notamment dans le Nivernais ligérien, un courant favorable au regroupement Nivernais - Berry - Bourbonnais.
  • Le Nivernais ligérien est la partie la plus vivante du département de la Nièvre. Or, les relations Nord - Sud y ont toujours prédominé: actuellement au Nord vers Paris, au Sud vers Clermont. La Nièvre fait partie de la zone ferroviaire de Clermont et de l'aire de diffusion du groupe de presse Centre-France. Le recrutement des université clermontoises y est important.

Dans une France médiane réhabilitée, la Nièvre pourrait être le trait d'union entre la France centrale et le Centre-Est plus activement reliés. Nevers a sa place toute désignée dans l'anneau urbain central, seul moyen de donner au coeur du pays la métropole qui manque à l'ensemble du réseau urbain français. Il suffirait d'y réfléchir sérieusement et avec esprit de suite pour trouver de nombreux thèmes susceptibles d'exploitation profitable de cette situation de charnière.

 

NOËLS EN LANGUE AUVERGNATE

Apparu en France du Nord et en français, le genre littéraire des Noëls, à la fois savant et populaire, a touché toutes les régions, en français (en Auvergne aussi) et en langue régionale. La production en langue auvergnate (plus de 50 pièces) est une des plus originales. Elle fut le banc d'essai de la littérature vernaculaire. Principales étapes, auteurs principaux, évolution des thèmes :

  • Au XVI° siècle, deux auteurs, le Riomois Chaduc et surtout le Clermontois François Pezant : une douzaine de Noëls dont le célèbre Barjeir chantem tout Noé, repris et adapté dans divers parlers jusqu'en plein XIX° siècle. Beaucoup font écho aux malheurs du temps, à la faim, aux exactions.
  • Au XVII° siècle (prolongé jusqu'en 1711) une douzaine d'auteurs, une quarantaine de pièces. Les meilleures plumes auvergnates y ont participé, dont Laborieux (Noël des Grands Jours) et Gabriel Pasturel (trois Noëls parmi les plus émouvants : Vous z-aveiz be beo rire..., A ! Grabié, a ! miziérable..., En Diau dïn-t-unà crechà). Mais à côté des Clermontois, le mouvement s'étendit jusqu'aux Dore (le curé Bourg), au Sud du Velay (Natalis Cordat : Autre Noël pour le jour de la Circoncision 1635 dit "Noël de la Peine", remarquable par son atmosphère dramatique), enfin l'avocat montluçonnais [Bia] Gilbert Cheville (deux longs Noëls de 1710 et 1711). Ces pièces épousent l'évolution du temps : d'abord empreintes de loyalisme monarchique, reconnaissantes à la monarchie absolue de la paix civile rétablie (avec une certaine assimilation entre le Christ et Louis XIV), elles mettent ensuite l'accent sur la misère et la lassitude d'une population saignée à blanc par les dépenses somptuaires et guerrières du Roi Soleil.

Ce sont donc non seulement les premiers documents authentiques de la langue - quoique sous une forme quelque peu francisée -, les éclaireurs de la littérature en auvergnat, mais aussi des documents dont la valeur historico - sociologique est très grande et dont on s'étonne que les historiens n'aient pas davantage fait usage.

Sur les Noëls en langue auvergnate, voir Bïzà Neirà n° 19 (1978), 21 (1979), 24 (1979).

 


A - B - C - D - E - F - G - H - I - J - K - L - M - N - O - P - Q - R - S - T - U - V - W - X - Y - Z


CERCLE TERRE D'AUVERGNE - LANGUES ET CIVILISATIONS AUVERGNATES
11, rue des Saulées - 63400 Chamalières
Courriel : auvergnelangueciv [@] yahoo.fr (supprimez les crochets)