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d-consonne faible en auvergnat - Dante - départements - Deribier du Chatelet - Devedeux (Henri) -
dialecte - domaine, domanial

 

D CONSONNE FAIBLE EN AUVERGNAT

D a tendance à s'amuir (disparaître):

  • en position intersyllabique finale sur les marges septentrionales (à l'Est de la Forêt des Colettes) et orientales de l'Auvergne (phénomène analogue en franco-provençal) :

-adà (participe passé féminin) > a / o; -idà > ia / -io; -udà > -uà.

-adou (suffixe d'instruments et d'agents) > -ao (arverno - bourbonnais) / -or (Yssingelais); et tous les autres cas analogues.

  • devant ï [yi] et ü [yu] sur le haut Allier : ïre : dire.

Ce mouvement n'est que la continuation de l'évolution qui, à partir d'audire a donné ouzî puis euvï : entendre. Comme le plus souvent les voyelles encadrant -d- sont a, o, ou, la faiblesse de -d- est un cas spécial de palatalisation apparenté à celui de v .

 

DANTE

Rions un peu au milieu d'un ensemble d'articles sérieux : d'aucuns nous affirment que le célébrissime poète italien aurait hésité à écrire son oeuvre en provençal / langue d'oc (tant le prestige des troubadours le fascinait) ou en italien. Heureusement qu'il n'a pas emprunté cette voie de garage, pour lui, pour l'Italie et pour la littérature mondiale ! Le but de cette farce est de donner à la "langue d'oc" une béquille, un peu du lustre d'une oeuvre qui ne lui doit rien. C'est une argumentation de ... poverello [petit pauvre].

 

DEPARTEMENTS

Créés par la Révolution (1790) pour mettre fin à l'enchevêtrement des circonscriptions d'Ancien Régime. L'Assemblée Constituante sut éviter le piège pseudo-cartésien des 80 "carrés" égaux; elle tint largement compte des appartenances antérieures, si bien que beaucoup de départements peuvent apparaître comme une rationalisation des anciennes divisions provinciales. D'autres ont été faits de pièces et de morceaux : la Creuse a donné une personnalité aux siens, tandis que la Haute-Loire n'est pas arrivée à homogénéiser le Velay et le Brivadois (toujours attiré par Clermont et par l'axe de l'Allier), ni même à empêcher l'Yssingelais de devenir une banlieue un peu plus éloignée de Saint-Etienne.

Les départements sont entrés dans les habitudes, mais ont rarement atteint une force identificatrice véritable : la désignation des habitants par un nom - adjectif tiré d'eux (Creusois, Cantalien) est rare. Les partisans de cette circonscription ont senti cette faiblesse et cherchent à la combler en profitant du recul des formations populaires au profit de dénominations compliquées : on cherche à populariser "altiligérien" pour "habitants de la Haute-Loire" et un concours qui a déjà accouché de nombreux monstres a été lancé pour le Puy-de-Dôme.

Au cours du XIX° siècle, on a assimilé sommairement et souvent faussement des départements à d'anciennes provinces (Cantal = Haute-Auvergne; Puy-de-Dôme = Basse-Auvergne).

Les départements avaient été conformés pour la circulation lente (on devait pouvoir se rendre au chef-lieu en une journée de cheval au maximum). L'accélération des déplacements, l'élargissement des aires d'influence des villes placent le département en porte-à-faux. Mais ses défenseurs sont influents (grosses ressources des conseils généraux, grand nombre de fonctionnaires liés à eux, soutien du Sénat). Malgré la création des "pays" (restés assez inconsistants), ils mettent en avant le rôle "d'échelon rapproché de la démocratie locale". Ils cherchent à court-circuiter les régions administratives, reportant sur elles le discrédit "d'échelon inutile". A cette fin, ils préconisent de grandes régions "de taille et de poids européen" ce qui est absurde ou cousu de fil blanc quand on examine les modules régionaux de nos partenaires européens (cf. Sarre, Hambourg, Brême, Ligurie, etc...): d'où par exemple l'opération Massif Central, conduite avec d'énormes moyens médiatiques. Or, des circonscriptions plus vastes peuvent certes avoir leur intérêt : le tout est qu'elles soient bien conçues et ne dépersonnalisent pas les entités avalisées par une histoire bi-millénaire.

 

DERIBIER DU CHATELET

"M. Deribier du Chatelet" comme dit le titre avec cette habitude du XIX° siècle de négliger le prénom des auteurs, "membre correspondant de la [glorieuse] Société des Antiquaires de France" fut d'abord l'auteur, puis le maître d'oeuvre d'une publication fondamentale pour la connaissance de la Haute-Auvergne et du département du Cantal : le Dictionnaire statistique et historique du Cantal (DSHC) dont l'édition définitive en 5 volumes parut à Aurillac (Imprimerie de Mme Vve Pivert et Bonnet, imprimeurs de la Préfecture) de 1852 à 1857 et fut reproduite par l'Imprimerie de la Manutention, Mayenne 1990 (malheureusement sans quelques tableaux statistiques sur pages dépliantes du plus haut intérêt), soit plus de 3000 pages.

Le DSHC consacre un article à tous les cours d'eau et communes. L'article Cantal s'étend sur la fin du tome I et tout le tome II, soit 836 pages. Les articles communaux, inégalement développés selon les auteurs, comprennent en principe : les délimitations, l'utilisation du sol, les données historiques et monumentales, les écarts avec les renseignements historiques, archéologiques et géographiques qui ont pu être recueillis sur eux. Parmi les auteurs, quelques uns sont imprécis et grandiloquents, mais la plupart sont sérieux et certains remarquables (voir par exemple à l'article Saint-Vincent les considérations d'Em. Delalo sur "la ville de Cotteughe" dont le raisonnement méthodique impeccable anticipe sur toute les connaissances actuelles; s'il avait été lu, beaucoup d'encre inutile eût été épargnée).

Le Cantal du DSHC est bien différent de l'image stéréotypée du "pays vert" et des "grands espaces" par lesquels la mode du "tout touristique" cherche à dissimuler le déclin de l'emprise humaine et à faire admettre aux habitants la condition de serviteurs des touristes. On y voit une utilisation variée du sol, l'importance des labours (peut-être excessive en certains lieux élevés et humides, mais nullement incongrue ailleurs, notamment sur les planèzes ensoleillées du Sanflorain).

Le DSHC est aussi un recueil extrêmement riche et précieux d' "antiquités" comme on disait alors, c-à-d de traditions populaires, de notations ethnographiques, de légendes et traditions de diverses origines. Il est en quelque sorte une "mémoire cantalienne du Cantal" indispensable à connaître, un bréviaire de l'enracinement cantalien.

 

DEVEDEUX Henri (né en 1923)

Le prosateur "moderne" le plus en vue de la langue auvergnate à l'époque actuelle (3 fois premier grand prix du concours Eitialada, dont les autres lauréats furent Andrée Homette et Emile Brun). "Moderne" veut dire que son oeuvre est centrée sur des événements, destins et phénomènes actuels et accorde peu d'attention à la société rurale "traditionnelle". Il l'a cependant étudiée dans divers articles (car c'est un fouilleur d'archives) et il reconnaît une valeur morale supérieure à l'ancien monde paysan. Mais ce n'est pas un doctrinaire : l'enchaînement logique des mentalités et des situations l'emporte toujours chez lui. Son oeuvre de nouvelliste a été entièrement publiée dans la revue Bïzà Neirà : une dizaine de textes, car c'est un écrivain méticuleux, avide de perfection, rédigeant lentement, reprenant mainte fois ses écrits. Son chef d'oeuvre, Là Bravounà, en apparence histoire de l'équipée d'une vache qui s'enfuit alors qu'on la conduit à l'abattoir, est une allégorie puissante de la société acharnée à éliminer le déviant. Troumentïlha (Agitations) met à nu les conditionnements et le mal vivre des grands ensembles. La thématique est remarquablement variée, avec des touches autobiographiques discrètes : évocation du haut Forez (il affectionne la pureté des hautes altitudes), souvenirs du Vietnam où il fit la célèbre guerre, conte philosophique, évocations historiques (la Révolution dans Leù fau de Barmountê : Les hêtres de Barmontel; Mornac, le bandit légendaire, une des figures qui le fascinent et dont il a adopté sciemment l'interprétation de la tradition populaire dans Le so de chibre : Le sac de chanvre). Eprouvant un véritable besoin d'écrire, H. Devedeux a aussi rempli de nombreux cahiers de notes en français allant des pensées personnelles à des résultats de recherches d'archives.

 

DIALECTE

"Variété régionale d'une langue" disent les dictionnaires. Aussi, suite à la profondeur de la francisation, il est normal de considérer le normand, le picard, le wallon comme des dialectes du français, ainsi que le fait le Petit Robert (1986); et par conséquent de tenir pour une mode d'origine politico-idéologique, dépourvue de tout fondement objectif, le concept "des" langues d'oïl apparu récemment dans des milieux idéologiquement motivés. Inversement, tout observateur impartial peut constater qu'alors qu'on s'efforce de maintenir contre toute évidence le concept "d'une" langue d'oc dont l'auvergnat ne serait qu'un dialecte :

  • l'auvergnat n'est pas intercompréhensible avec le languedocien et le gascon; les limites de la compréhension mutuelle sont vite atteintes avec le provençal; or, on présente "l'intercompréhension" comme le fondement de l'unité de "la" langue d'oc (par ex. P. Bec : La langue occitane). La contradiction est flagrante.
  • L'auvergnat se sépare des autres idiomes rangés dans sa prétendue famille par des faits multiples de grande fréquence, embrassant tous les aspects de la langue :

plus de 30 % du vocabulaire est entièrement différent de celui des langues d'oc méridionales. Exemple : "attendre" se dit pïtâ / peitâ / apeitâ dans toute l'aire auvergnate, esperâ dans le Sud de la France.

le reste est différencié au point d'être méconnaissable par une phonétique spécifique, qui ne résulte nullement de perturbations apportées par l'influence française, mais de la faible tension articulatoire propre à l'aire médioromane de la France médiane. Langue sourde, privilégiant la syllabe tonique aux dépens des autres qui deviennent peu distinctes, l'auvergnat est à l'opposé de la diction éclatante des langues d'oc méridionales (Tailhandier l'avait déjà noté).

une réfection morphologique extrêmement poussée (surtout en auvergnat septentrional, mais aussi sur toute l'aire de façon indubitable) a donné à l'auvergnat une physionomie entièrement originale, sans équivalent dans les langues néo-latines et même en gallo-roman : pluriels vocaliques différents des pluriels avec -s du Midi languedocien et aquitain; conjugaison profondément réformée; mots-outils soit particuliers, soit particularisés par leur phonétique et leur morphologie; usage des prépositions sans aucun équivalent ailleurs.

Il résulte de cela que la seule solution exacte et honnête est de considérer l'auvergnat comme une branche entièrement autonome du gallo-roman, sans cesse originalisée par sa trajectoire, donc évoluant en fait comme une langue indépendante et non point "une langue d'oc", mais une langue - charnière, constatation s'accordant parfaitement avec la situation géographique et géohistorique de l'Auvergne.

D'autre part, il est indispensable de se débarrasser de l'arrière-plan normatif imposé aux Français par le centralisme. Une langue n'est pas nécessairement uniformisée par une mode contraignante. L'auvergnat est une langue dialectalisée où L'ALEP; malgré ses progrès commandés par les circonstances n'a rien d'obligatoire, où la pratique encourage toutes les formes d'expression : voir la diversité dialectale des textes publiés par la revue Bïzà Neirà, les brochures du Concours Chambon ou d'autres parutions du Cercle Terre d'Auvergne.

On peut donc parler librement et sans arrière - pensée de "dialectes de la langue auvergnate", en y réunissant :

ceux qui sont entièrement intégrés à son domaine : auvergnat septentrional, auvergnat médian, auvergnat méridional;

ceux qui présentent des traits de transition sur les marges géographiques : arverno-bourbonnais, yssingelais;

par contre, si certaines parties du Gévaudan (haut Allier, haute Truyère autour du Malzieu et, à plus forte raison le pays saugain) appartiennent indiscutablement à des variétés de l'auvergnat méridional, tout comme une bonne partie de la Montagne vivaroise, le Gévaudan cévenol est languedocien; le Gévaudan margeridien de la Lozère, originellement "Sud lointain" de l'Auvergne est devenu davantage un "languedocien en cha et ja" qu'un auvergnat extrême - méridional; et le Sud-Est du Vivarais est entièrement ou majoritairement provençalisé.

 

DOMAINE, DOMANIAL

Le latin dominium signifiait propriété. Mais il dérivait de dominus : maître. Quelles qu'aient été les évolutions du sens en français courant, le mot "domaine" a conservé le sens de "propriété importante" en géographie agraire et en économie rurale. L'économie domaniale est celle où le grand domaine détient la majeure partie du sol et de la production agricole. Le système domanial est celui où les grands propriétaires fonciers exercent une influence prépondérante, soit dans le milieu rural, soit dans la société toute entière.

Les aedificia gaulois signalés par Jules César étaient sans doute des grands domaines, possédés par des groupes familiaux et en voie d'accaparement par l'aristocratie militaire celtique. Rome donna à celle-ci l'occasion de parachever son triomphe. On appelle toponymes domaniaux les noms de lieux terminés par les avatars de suffixes (-acos / -acum, anicas, etc...) qui s'ajoutaient à des noms de propriétaires (théorie classique énoncée d'abord par d'Arbois de Jubainville) ou à des noms divers (conception qui a de plus en plus de partisans). Une nouvelle vague de remaniements fonciers créa les domaines de l'Antiquité tardive et du haut moyen âge (noms en -court, -ville, mesnil, etc...). Les tenures paysannes, laissant au grand propriétaire / seigneur un droit de propriété éminent symbolisé par le paiement du cens, morcelèrent ces domaines au moyen âge. Après la crise de la guerre de Cent Ans, la Reconstruction des Campagnes (XV° - XVII° siècles) créa une génération nouvelle de grands domaines. Puis le désengagement agricole des propriétaires fonciers (1850-1950) en élimina la plupart. Depuis un demi-siècle, le passage à l'agriculture industrielle de masse crée un type nouveau, les grandes exploitations dont l'exploitant ne possède en propre souvent qu'une faible fraction, plus instables et en agrandissement constant.

L'empreinte domaniale gallo-romaine est très forte en Auvergne, surtout dans la plaine et sur les coteaux, mais il est clair que beaucoup de "toponymes domaniaux" sont trop densément répartis pour désigner de véritables grands domaines. Pour les témoignages de la Reconstruction des Campagnes, voir l'article portant ce titre.

La langue auvergnate appela d'abord buorià / borià le grand domaine capable d'élever un troupeau bovin (latin bovaria). Puis, la généralisation de cet élevage donna au mot le sens de "ferme, exploitation rurale". Cependant, la distinction avec la fermette (bordà) est encore perçue. L'auvergnat arvernisa alors le mot français (deumeine) pour nommer la propriété ou l'exploitation importante.

 


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