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| Cantal et Haute-Auvergne - Caribassa / Caribarna - Celtique, Celtes et Gaulois - Cercle Terre d'Auvergne - chuintement - circulation lente - Cisalpine - Clermont et Montferrand - colporteurs - Combraille, Creuse et Marche - Concours Scolaire Eugène Chambon - conjugaison - consonnes finales - coteaux - Croisade contre les Cathares / Albigeois - Croissant
CANTAL ET HAUTE-AUVERGNE Préfiguré par le Bailliage des Montagnes d'Auvergne dont l'élément fédérateur était l'élevage fromager de la "montagne d'estive" (v. Montagne et pays haut), le département du Cantal a réussi son ancrage dans l'esprit des populations, comme le montrent la désignation populaire auvergnate de ses habitants (Cantalou) et le mot français Cantaliens. Le grand massif volcanique qui lui donne son nom créé cependant un divergence des systèmes de relation du fait de l'obstacle interne qu'il impose : le Sanflorain est tourné vers l'axe de l'Allier, l'Aurillacois est fortement lié à l'Aquitaine, le Mauriacois est écartelé entre plusieurs attractions : Basse-Auvergne au Nord, Aurillacois et Midi aquitain au Sud, Limousin à l'Ouest. Le dépeuplement très grave des deux arrondissements septentrionaux (Saint-Flour et Mauriac) tend à isoler l'Aurillacois du reste de l'Auvergne, lui-même étant caractérisé par la concentration croissante de la population dans l'agglomération d'Aurillac et dans son aire de suburbanisation ou rurbanisation. Au XIX° siècle s'est répandue l'assimilation erronée entre le Cantal et la Haute-Auvergne. Or, celle-ci n'avait pas d'expression territoriale unique voire simplement homogène :
CARIBASSA / CARIBARNA Noms auvergnats traduits par "pays coupés" : contrées de relief très accidenté, coupées de gorges aux versants raides et rocailleux. Se rencontrent en général dans des roches métamorphiques fortement faillées et fissurées, ce qui a facilité le travail des cours d'eau. Les pentes sont fortes, le sol mince, très menacé par l'érosion dès qu'il est à découvert. Pourtant, en réunissant une grande variété de ressources menues, en veillant rigoureusement à la conservation du sol (palhâ, chambada : terrasses de culture) et de l'eau (gours, bondes, serves : mares) les habitants avaient atteint des densités énormes pour le milieu - parfois plus élevées que celles de plateaux plus faciles : 50 à 70 h./km². Ces lieux comptent parmi les plus dépeuplés de l'Auvergne : 5 à 10 h/km² et sont en grande partie reboisés ou embroussaillés. Les secteurs principaux de caribassa sont : le Pré-Cézalier (entre la Limagne d'Issoire et les hauteurs volcaniques du Cézalier); les pays coupés de l'Alagnon (au pied du Cézalier cantalien), du Doulon et de la Senouire (Brivadois oriental); les confins nord et sud du Mauriacois, les pays de gorge de la Loire vellave; les bassins de la Cronce et de la Desge en pays brivadois, versant nord-est du massif margeridien... Concernant le plus dépeuplé de tous (Doulon-Senouire) nous avons fait la proposition d'y délimiter un parc naturel "total" où, dans les lieux les plus désertés, la végétation serait laissée à son libre développement, ce qui serait d'un grand intérêt scientifique et se fait en d'autres pays où l'espace est plus rare, notamment en Allemagne.
CELTIQUE, CELTES, GAULOIS 1. Après de nombreuses tergiversations, on a dû revenir à la justesse du texte de César :
2. Il en résulte que le véritable pays de "nos ancêtres les Gaulois" s'étendait de la Seine à la Garonne. On est frappé par la coïncidence territoriale avec l'extension originelle la plus vaste de l'aire médioromane. Car si l'on peut pour l'essentiel suivre Bodo Müller lorsqu'il rappelle que les caractères des idiomes néo-latins dépendent avant tout des conditions de la romanisation, il se pourrait fort bien qu'il y eût aussi dans l'originalité linguistique de la France médiane (Médioromanie) un fait de substrat à côté de la disposition zonale des grandes voies romaines qui l'irriguaient et de l'organisation en grandes provinces impériales qui se contentaient de subdiviser l'ancienne Celtica sans la disloquer. On remarque d'ailleurs que les plus grandes tribus étaient rassemblées dans la Celtica, que c'est dans ce territoire et plus précisément en son centre que se trouvaient les sièges de l'ancienne royauté sacrée (v. Berry et Bituriges), de l'influence des Druides (la forêt des Carnutes), de la puissance de l'aristocratie militaire (Confédération arverne, v. Arvernes). On doit aussi rappeler l'importance du réseau de grands chemins protohistoriques NE - SO qui unissait la nouvelle patrie "gauloise" des Celtes à l'ancienne patrie centre- européenne. Après avoir ergoté à l'époque de la rivalité franco-allemande, les savants allemands reconnaissent maintenant que leur langue a évolué sous l'influence d'un substrat en fait celtique. Au-delà de la Médioromanie qui dans son principe dépassait le territoire français vers la Cisalpine et les Alpes rhéto-romanes, il semble bien y avoir une Europe médiane, avec en filigrane un substrat celtique sur lequel l'ouvrage de Venceslas Kruta : Les Celtes, histoire et dictionnaire a apporté des indications substantielles et précises.
CERCLE TERRE D'AUVERGNE On pourra reprocher aux générations massivement arvernophones du passé de n'avoir pas fait ce qui leur eût été facile : recueillir le trésor de la langue auvergnate. Il eût suffi avant 1914 d'une personne diligente par canton. Il eût fallu aussi une curiosité un peu moins sporadique envers le patrimoine ethnographique vernaculaire et, puisque l'Auvergne en a eu, quelques personnes de volonté ferme, faisant fi du mépris et des intimidations pour affirmer le droit à la perpétuation de l'héritage auvergnat et le mettre en pratique dans sa vérité. Apparu à la période d'agonie de la langue parlée, le Cercle terre d'Auvergne a déployé un effort systématique pour pallier ces lacunes en couvrant tout le champ de "la langue auvergnate et de la civilisation populaire régionale" selon les termes de son sous-titre. Association privée non subventionnée, il a accumulé à force de bénévolat, d'économies et de sacrifices une oeuvre sans précédent dans tous ces domaines, en ayant pour seul objectif la défense et illustration de ce qui est proprement auvergnat - mais au sens le plus large - , en privilégiant toujours le travail productif et la création, en ne se laissant jamais égarer par le combat indispensable contre les idéologies sans racines du XX° siècle. ABREGE HISTORIQUE
RESULTATS ET PERSPECTIVES La question du renouvellement et de la perpétuation du noyau arvernisant qui a tant accompli, mais qui vieillit, est à terme le souci essentiel. Mais tant que ce groupe existe et peut agir, il lui reste à explorer les vastes chantiers ouverts par ses deux acquis fondamentaux :
Le chuintement est la prononciation à la manière du ch et du j français du s et du z auvergnats. Ce chuintement : 1. Est conditionné : il se produit devant i et u. On prononce (chi, chu, ji, ju) en syllabe tonique. En syllabe atone on prononce s et z + i : (che) et (je). Le chuintement devant u tend à s'effacer sous la pression du français sur la bordure nord-est. 2. Est spécifique : il n'existe ni en français, ni dans les langues d'oc méridionales (le ch gascon a une originne tout autre); le chuintement limousin est conditionné lui aussi, mais tout autrement (devant les autres voyelles); celui qui exista en Berry et qu'on retrouve dans le Glossaire du Centre de la France du Comte H. F. Jaubert (Paris, 1964-1969) réunit les deux types auvergnat et limousin mais - semble-t-il, autant qu'on puisse en juger sur ces vestiges francisés - plus proche du second. Cependant, l'auvergnat étant une langue - charnière, les parlers cantaliens, surtout mauriacois, connaissent, à côté du chuintement auvergnat décrit ci-dessus un chuintement cacuminal devant les autres voyelles : la langue s'applique contre les incisives brièvement réunies et la voix émet un sifflement sourd (s cacuminal) ou sonore (z cacuminal).
CIRCULATION LENTE Cette acquisition capitale de la science historique récente nous concerne directement. Le transport par animal de bât, la circulation à pied et même à cheval ont longtemps limité l'horizon des relations, privilégié les rapports à courte et moyenne distance plutôt que ceux à longue distance, surtout après la chute du système colonial romain et de son marché unifié de traite. Il était donc inévitable que le latin remplaçant progressivement le gaulois se fragmente régionalement, à l'intérieur des espaces courants de relation. L'immigration de gens en provenance de diverses parties de l'Empire (légionnaires, administrateurs, commerçants) variant dans chaque région le milieu "latin" qui donnait le ton, la ruine des écoles à partir du III° siècle, puis la chute de l'Empire accrurent les effets de cette fragmentation. Il faut bien évaluer le jeu antagoniste de deux séries de faits : 1. Une seule langue d'origine, le latin, c'est pourquoi les langages des territoires romanisés étaient initialement moins différents qu'ils le deviendront par la suite, même en tenant compte des combinaisons différentes des "niveaux de langue" (ce qui restait argotique ici pouvait devenir la norme ailleurs). 2. Inversement, la combinaison de plus en plus libre des idiomes locaux avec les niveaux de langue importés par les couches dominantes variaient les résultats obtenus; la régression du marché unique de l'Empire romain en marchés régionaux supprimait de plus en plus les possibilités de correction des déviances par le contact. 3. Il faut tenir compte aussi de la grande importance des villes principales, sièges de l'administration romaine, des relations entre elles et de leur zone d'influence administrative (les grandes provinces de l'Empire : Aquitaine, Lyonnaise, Séquanaise) dans le processus de romanisation. Les résultats peuvent s'exprimer ainsi :
Les Celtes, venus pour la plupart du Nord des Alpes, s'installèrent massivement dans la plaine du Po et sur les montagnes circonvoisines au IV° siècle avant JC. Ils prirent Rome en - 386 et entrèrent dès lors dans une longue lutte contre cette ville, jusqu'à leur défaite définitive en - 191, suivie par la création de la Gallia Citerior ou Togata, appelée couramment Gaule Cisalpine. Les Celtes y avaient établi une agriculture prospère qui devint le fondement de l'économie italienne à la fin de la République et sous l'Empire. Face à Rome, devenue corrompue, paresseuse et parasitaire, Milan (Mediolanum) devint la véritable capitale économique de l'Occident romain. Pour cela, et aussi par suite de leur parenté non oubliée avec les Gaulois transalpins, les Gaulois cisalpins jouèrent un grand rôle dans la romanisation de la Gaule, particulièrement en Celtique (Gaule centrale) grâce au tracé Est - Ouest des principales voies romaines dans ce vaste territoire. Or, les Cisalpins avaient appris le latin avant les Gaulois, mais ils le parlaient avec un accent celtique et gardaient de nombreux mots de leur idiome antérieur (dont la date de disparition n'est d'ailleurs pas avérée) : les langues gallo-italiques de leur région (piémontais, lombard, ligurien, émilien-romagnol) diffèrent beaucoup de nos jours encore de l'italien toscan et romain. Alors que le latin péninsulaire dominait dans le Sud de la Gaule grâce au voies méditerranéennes terrestres et maritimes (d'où les langues d'oc), les deux tiers septentrionaux de la Gaule, dont l'Auvergne, reçurent une romanisation mixte, péninsulaire et cisalpine, variablement dosée, qui créa quelques différences dès le départ et déposa les germes d'autres différences ultérieures bien plus considérables. Plus tard, l'installation des Germains en Gaule du Nord scinda la partie non méditerranéenne de la Gaule en deux ensembles : au Nord de la Seine (l'ancienne Belgique) ce qui deviendra la langue d'oïl; entre la Seine et le Lot, sur l'emplacement de l'ancienne Celtique, "l'étendue romanisée au coeur de la Gaule" qu'on peut appeler Médioromanie et dont l'héritage cisalpin, probablement fort important, reste à évaluer.
CLERMONT ET MONTFERRAND Les deux villes distinctes ont été réunies par un édit royal de 1630 qui demeura inexécuté par suite de la résistance des Montferrandais, redoutant non sans raison de voir leur personnalité dissoute dans l'ensemble. Il fallut attendre l'édit de 1731 pour que l'union entre dans les faits. Le maintien prolongé d'une zone peu urbanisée entre les deux agglomérations a perpétué le particularisme montferrandais dont subsistent de nombreuses traces, et pas seulement dans la fraction autochtone de la population devenue insignifiante (cf. le club sportif de l'ASM). La municipalité de Clermont-Ferrand a pris acte de cet état d'esprit : elle a un adjoint spécial pour Montferrand et une mairie annexe. Le nom de Clermont-Ferrand est une cote mal taillée. Il ne peut satisfaire les Montferrandais. La population auvergnate de souche, parlant de la capitale de l'Auvergne dans son ensemble dit toujours "Clermont". Le langage administratif et médiatique répand l'appellation double par l'obligation officielle et le matraquage répétitif. Or, c'est une violence faite aux traditions de notre population et ce galimatias sans racine rabaisse Clermont au rang de Clermont-en-Beauvaisis, Clermont-l'Hérault, Clermont-Dessus et Clermont-Dessous. Il méconnaît toute une évolution diverse dont il faut rappeler les étapes principales :
Mais les vieux quartiers de Clermont (Champgil, Saint-Alyre, Fontgiève...) avaient eu la vie dure, eux qui défendaient encore leur parler auvergnat comme un drapeau au XIX° siècle. Nous sommes à l'époque des identités particulières proclamées, sinon véritablement défendues. Reste donc à savoir ce qui subsistera de la longue ténacité identitaire montferrandaise dans une ville devenue cosmopolite, mais où il n'est pas impossible que certains considèrent le lieu d'habitat comme un substitut aux anciens enracinements perdus.
La défaite de Vercingétorix ayant cassé les reins aux ambitions du peuple arverne, le courage des Auvergnats s'est souvent exercé au profit d'autrui (voir par exemple Soldats d'Auvergne). L'épopée auvergnate est devenue populaire, celle des humbles (voir Migrants), en particulier les hommes qui ont recherché des ressources pour vivre ou pour s'extraire de la misère dans une émigration pleine de fatigues et de périls. Parmi eux, les colporteurs lourdement chargés et accomplissant à pied une grande partie de leurs pérégrinations, sur de longues distances, pendant des années. "Les colporteurs d'Arconsat au XIX° siècle", étudiés par R. Becquevort (Cercle Terre d'Auvergne, 1973) ont ainsi parcouru toute la France, surtout sa moitié orientale,, mais aussi le bassin méditerranéen jusqu'en Turquie et en Egypte, les Antilles, l'Amérique latine (Mexique, Colombie, Venezuela...). M. Prival (Les migrants de travail d'Auvergne et du Limousin au XX° siècle, Clermont, IEMC 1979) a décrit les migrations des chiffonniers et récupérateurs du Livradois, du Cézalier, de l'Artense et du Cantal, des marchands de parapluies de la Corrèze (un mouvement antérieur ou parallèle exista aussi en Aurillacois). On peut aussi considérer comme un prolongement enrichi du colportage le commerce des marchands de toile et des négociants -voyageurs dont l'aire principale de recrutement allait du plateau d'Ussel à Allanche et Pleaux et avait son maximum en Artense orientale et sur le seuil de Landeyrat (les bâtiments cossus de Condat et de Marcenat traduisent quelques unes de leurs réussites). Dans les pérégrinations de tous ces gens à l'origine très pauvres s'exercèrent les qualités unanimement reconnues aux Auvergnats d'autrefois : aucun travail ne les rebutait; ils avaient une ingéniosité sans limite pour faire surgir quelque chose de rien; aucun danger ne les arrêtait; la solidarité entre parents et gens d'un même lieu partis ensemble permettait de surmonter la plupart des obstacles; leur sens du commerce est attesté par tous les témoignages; celui de l'épargne est légendaire. Ils out aussi su se moderniser, s'adapter aux évolutions des transports, des techniques commerciales, des publics, des clientèles. C'est enfin une épopée qui a le mérite complémentaire de n'avoir pas fait couler le sang, sauf parfois celui de ses acteurs, parfois victimes de guet-apens sur les terres lointaines.
COMBRAILLE, CREUSE ET MARCHE Les péripéties historiques ont brouillé ces notions qu'obscurcissent diverses interférences. Un éclaircissement est nécessaire. I. COMBRAILLE(S)
II. CREUSE Au XIX° siècle se prit l'habitude déplorable de confondre le département de la Creuse avec la province de Marche. En fait, la Creuse a rassemblé autour du Guérétois, noyau de la Haute-Marche, des pays géographiques distincts (Dunois, Sostranais...) et des circonscriptions féodales fort diverses. Leur émiettement a même facilité l'amalgame : on parle maintenant "des Creusois" et non "des Marchois". La Creuse est une des rares contrées françaises à devoir son identité ressentie dans la population à l'institution départementale. III. MARCHE Originellement, la Marche s'étendait sur ce qui est actuellement l'Ouest de la Creuse (Haute-Marche) et le Nord de la Haute-Vienne (Basse-Marche). C'était un glacis défensif de l'Aquitaine féodale puis anglaise contre les empiétements français à partir du Berry. Très tôt elle fut démembrée : la plus grande partie de la Basse-Marche retomba dans l'orbite limousine directe, le Poitou lança un tentacule profond jusqu'à La Souterraine et Bourganeuf, le Bourbonnais mit la main sur la plus grande partie de la Combraille et de la Haute-Marche, relayé par la Généralité de Moulins. On voit donc l'inconstance et, tout compte fait, l'inconsistance de la notion. Bien que Guéret apparaisse aujourd'hui comme "la ville tentaculaire" dans le désert rural, son agglomération est trop modeste pour fédérer des territoires aussi disparates autrement que dans la domaine administratif. Pour tout ce qui ne relève pas des organismes publics, la Creuse est écartelée : l'influence de Montluçon , successeur véritable d'Evaux en Combraille (quoique hors limites traditionnelles) prédomine dans un gros tiers nord-est, celle de Limoges dans une moitié occidentale (comprenant Guéret comme relais), on sent toujours l'influence de Clermont dans le SE (Aubusson, Felletin), de Bourges au NE (Boussac), de Poitiers au NO, voire de Tours qui viennent disputer ici le terrain à Limoges. L'importance de l'emploi public et des subventionnements dans une économie en détresse travaille cependant au profit de Limoges qui détient les moyens principaux dans ces domaines en tant que chef-lieu de région. Dans cette situation, les milieux intellectuels Creusois cherchent des repères identitaires propres : on met surtout en avant les "maçons de la Creuse" et leur prototype (fabriqué, car ce fut surtout un bon bourgeois) Martin Nadaud. Mais le dépeuplement est devenu le plus grave de France dans la phase actuelle. La démographie est catastrophique. On note cependant une certaine immigration : fermiers manceaux et normands, résidents secondaires de Paris et de l'Europe du Nord, Turcs (à Bourganeuf). Ce n'est qu'un palliatif faible et peu efficace, car hétérogène et souvent improductif et instable.
CONCOURS SCOLAIRE EUGENE CHAMBON Créé en 1973 "pour encourager l'enseignement de la langue régionale", patronné par tous les Recteurs successifs de l'Académie de Clermont, doté pendant longtemps par M. Eugène Chambon, important industriel parisien d'origine cantalienne, puis par le Cercle Terre d'Auvergne qui l'a toujours organisé et géré, par l'intermédiaire de sa Fondation Bonnet Fuger (nom d'un bienfaiteur de la cause auvergnate), le Concours scolaire E. Chambon a, depuis ses débuts, fourni plus de 1700 textes en langue auvergnate, provenant de tous les degrés de l'enseignement et de toutes les parties du domaine linguistique auvergnat : certains fort modestes (quelques lignes écrites par des enfants de l'école primaire avec l'aide de leurs parents), d'autres, inestimables, qui ont sauvé des contes et traditions jamais répertoriés jusqu'à présent. Le concours a même révélé un véritable talent d'écrivain, celui de Pierre Dessalces, originaire de l'Yssingelais. Tous les textes publiables l'ont été : longtemps en brochures spéciales, par la suite dans la revue Bïzà Neirà. Jusqu'aux alentours de 1982-83, les participations spontanées furent nombreuses. Ensuite, du fait de l'amenuisement du milieu arvernophone, l'existence du concours a reposé davantage sur les stimulations d'enseignants dévoués. Outre sa valeur ethnographique et pédagogique, le concours a même fourni parfois des mots ou formes inconnus jusqu'alors et de grand intérêt, exemple fazaule : faisable dans un texte d'Arfeuilles.
LA CONJUGAISON AUVERGNATE Sa maîtrise est essentielle pour bien pratiquer la langue car : 1. C'est l'ensemble le plus important de formes variables; 2. Les différences avec la conjugaison française sont considérables.
Réel : le sujet décide et agit, l'action a lieu ou aura lieu, elle est certaine ou pour le moins éventuelle; irréel : incertitude sur l'accomplissement de l'ordre, sur la réalisation de la condition; le passé devient irréel dans la mesure où l'on considère que ce qui est fait ne peut plus être modifié.
Il existe aussi une foule d'autres constructions de grande fréquence, v. Bonnaud P. : Grammaire générale de l'auvergnat à l'usage des arvernisants, Chamalières, Cercle Terre d'Auvergne 1992.
Noter que l-esse se conjugue avec lui-même comme auxiliaire et que le participe passé employé avec vî / aveire ne s'accorde pas si que s'interpose : la fenna que z-ai vedüd : les femmes que j'ai vues.
CONSONNES FINALES La chute généralisée - ou du moins très étendues dans les parlers les plus conservateurs - des consonnes finales est une caractéristique fondamentale de la langue auvergnate, conséquence de son articulation relâchée (faible tension articulatoire). On doit envisager trois cas :
Dans quelques cas, la première consonne disparue du groupe a maintenu sourd le son de la seconde consonne que l'auvergnat sonorise généralement entre voyelles (exemple meutou : mouton, du gaulois multo, différent de pradà : prairie de pratam). La chute de la consonne finale :
Conséquences orthographiques de la chute des consonnes finales :
L'écriture ne sépare pas -ss en fin de ligne : ra-ssà : race. Elles ne redouble que les consonnes, notamment nasales, qui jouent un rôle effectif dans la prononciation : fennà : femme [fin-no], sannâ : saigner [san-nâ]; ainsi que le s entre voyelle, l'expérience ayant montré qu'autrement les lecteurs tendent à prononcer (z).
Les dictionnaires expliquent ainsi le mot : "petite colline" 'sens pratiquement inusité en France centrale); "versant, pente d'une colline" (Petit Robert); les géographes tendent à préciser : "bas de versant, pente suffisamment adoucie pour être cultivable"; "vignoble" (Larousse), sens particulièrement répandu dans le bassin de la Loire (coteaux du Layon, du Giennois ...). En Auvergne, le coteau type est un versant argilo-calcaire entaillé dans les marnes oligocènes, encore assez vigoureux et fortement dénivelé grâce à la protection d'une cuirasse basaltique sommitale : ainsi le voit-on s'étendre sur la bordure occidentale de la Limagne au Sud de Châteaugay et envahir largement la Limagne des buttes au Sud de Clermont et la Limagne d'Issoire. Au Nord de Châteaugay, le calcaire éocène remplace le basalte comme chapeau protecteur jusqu'aux environs de Gannat et autour du bassin d'Ebreuil. Le sol argilo-calcaire, la pente bien drainée et bien ventilée, au-dessus des fonds gélifs, l'ensoleillement excellent à l'Est et au Sud, mais suffisant au Nord et à l'Ouest en ont fait des terres d'élection de la vigne, quoique la monoculture y ait été rare, tardive et très limitée dans le temps (1850 - 1895). C'est pourquoi la notion de coteau s'est étendue à des milieux différents, mais où la vigne pouvait être valablement cultivée :
Le coteau est au centre du mythe positif du "bon pays" où les montagnards allaient faire les vendanges, aspiraient à immigrer et où leurs filles se louaient pour finir souvent par trouver un mari, car leur travail infatigable faisait merveille. L'esthétique du paysage de la population auvergnate de souche n'est nullement la montagne volcanique, les grandes prairies, mais l'harmonie "toscane" du coteau péri-limagnais :
Cette harmonie paysagère a culminé aux XVIII° et XIX° siècles, avec le maximum d'emprise agricole sur la campagne. Elle a créé ce qu'on peut appeler le "rêve auvergnat" fait de mesure, d'équilibre, d'ordre, d'aménagement minutieux du moindre espace. Mais il faut bien voir que :
Par ailleurs, le coteau a toujours été la colonne vertébrale du système autochtone de relations de l'Auvergne : placé entre la plaine céréalière et la montagne où l'élevage prenait une certaine place, lui-même apte à susciter une foule d'échanges par la variété de ses productions et le développement de son artisanat, il concentrait le maximum de foires et de marchés, drainait les hommes, engendrait commerçants et officiers ou intellectuels bourgeois, propriétaires "à la romaine" qui aimaient soigner leur clos, leur paradis.
CROISADE CONTRE LES CATHARES OU ALBIGEOIS Les Cathares sont une référence identitaire du Languedoc, d'ailleurs complètement extraite de son contexte historique général. "La Croisade" y a nourri moult exécrations contre les "Francimands", les "Barons du Nord", etc... L'expérience auvergnate est diamètralement opposée : les seigneurs auvergnats ont participé à la Croisade et rien n'indique que ce soit uniquement par amour du pillage; les milices paysannes de la région de Saint-Flour se sont mobilisées pour traquer les Cathares fugitifs cherchant à passer en Auvergne. En langue auvergnate comme en français populaire de la région (et d'autres voisines) Albigeois est resté synonyme de "mauvais sujet" (bougre d'arbïjoeiz !). Nonobstant le sentimentalisme humanitaire incompatible avec les rudes lois de l'histoire et le militantisme anti-catholique très puissant actuellement, il faut aussi ne pas oublier l'opinion d'historiens objectifs selon laquelle le manichéisme oriental à l'origine du catharisme était peu adapté aux conceptions des peuples européens et l'hostilité du catharisme à notre enveloppe charnelle inquiétant et dissonant dans un moyen âge en pleine expansion démographique et économique.
Appelée ainsi d'après sa forme sur la carte, cette bande de terre de 350 km de long sur 20 à 30 de large enveloppe la bordure septentrionale du Massif Central des environs de La Rochefoucauld (Charente) à ceux de Saint-Priest-Laprugne (Loire). Elle est caractérisée par des interférences qui y mêlent les idiomes situés de part et d'autre. On dit habituellement que c'est la zone de contact de la "langue d'oïl" et de la "langue d'oc", comme s'il y avait deux blocs homogènes de part et d'autre. La réalité est tout autre.
Par ailleurs, les idéologies qui opposent sommairement la "France du Nord" et la "France du Sud" en foulant allègrement aux pieds l'écart très grand qui sépare les différentes limites invoquées (dialectes, toits plats et inclinés, droit coutumier et droit écrit...) et qui sont souvent sous-tendues par un nationalisme méridional reprenant les pires défauts uniformisateurs du centralisme parisien, postulent la permanence du Croissant dans les mêmes lieux : ce serait comme une frontière entre deux "peuples" imaginaires. Or, toutes les observations que l'on peut faire en examinant les cartes et les formes de leurs toponymes datés, en étudiant les vestiges dialectaux non français qui subsistent dans ces parlers, en collectant les noms de famille, en tenant compte du contexte géohistorique (histoire agraire, paysages, réseaux de chemins), en accord avec le principe scientifique fondamental selon lequel TOUT SE TIENT , révèlent une réalité complètement différente :
Il est complètement faux de s'appuyer sur des textes pseudo - dialectaux du XVIII° siècle (comme les Noëls montluçonnais de Gibert Cheville) pour prouver la prétendue stabilité du Croissant : oeuvre de bourgeois urbains francisés, ils ne sont nullement représentatifs de la langue locale réfugiée dans les campagnes. Il est au contraire évident que si, au lieu de découvrir le Croissant dans les années 1870-80, les philologues avaient étudié les parlers des Charentes, du Poitou, du Berry et de la Bourgogne deux ou quatre siècles plus tôt, ils auraient trouvé ces parlers mixtes à la fois plus au Nord et aussi sous des aspects différents puisque le français qui avançait alors n'était pas le même français et que tout le contexte de la progression était différent. |
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