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à - Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Clermont-Ferrand - acculturation - ALEP - Allier - Almanach de Brioude - Ambert - Amé (Emile) - Anglade (Jean) - anneau urbain central - apprendre - Aquitaine Première ; -arius - Artense - Arverne (Confédération) - Arvernes - Arvernie - arvernisant - arverno - bourbonnais - arvernophone - Aurillacois - auvergnat (langue) - auvergnat médian - auvergnat méridional - auvergnat septentrional - Auvergnats de Paris - Auvergne : quatre définitions - avernat et limagnien

 

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Lettre - emblème permettant à elle seule d'identifier l'Ecriture auvergnate (voir Ecriture et graphie). Convention de recouvrement : elle simplifie l'écriture en correspondant à elle seule aux façons diverses de prononcer l'ancienne lettre a dans certaines conditions:

  • lettre finale de certains mots au féminin singulier (noms, adjectifs, participes; le pluriel est en -a) et de la troisième personne du singulier de plusieurs temps des verbes; elle est alors atone (non appuyée par la voix): rozà : rose; bounà : bonne; passadà : passée; passà : il/elle passe;
  • suivie d'une consonne, elle est tonique (appuyée par la voix) dans les participes passés au masculin singulier des verbes du premier groupe (chantàd : chanté) et dans quelques mots (chàt, ràt).

Prononciations : [ a° = entre a et o] en Yssingelais, Ambertois et quelques secteurs de Basse-Auvergne occidentale; [o bref et ouvert] dans la plus grande partie de l'auvergnat septentrional et sur les périphéries méridionales de la langue; un son indistinct [entre a et e] lorsqu'elle est atone dans l'Auvergne médiane et le Cantal auvergnat. Noter que le son (o) en finale tonique absolue s'écrit o : bourlio : nappe d'eau, avaro : incident.

 

ACADEMIE DES SCIENCES, BELLES-LETTRES ET ARTS DE CLERMONT-FERRAND

La plus vénérable des sociétés savantes d'Auvergne, puisqu'elle est issue de la Société littéraire de Clermont (1747 - 1793). Après la tempête révolutionnaire, elle se réorganisa sous son nom actuel. Francisque Mège en a donné une histoire remarquable par sa clairvoyance et sa documentation (L'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Clermont-Ferrand, ses origines et ses travaux, Clermont, Typographie Ferdinand Thibaud) dont le seul défaut est sa date, 1884 (rééditée telle quelle par l'Académie en 1999). Parmi les services signalés que l'Académie a rendus à l'érudition auvergnate, il faut mentionner une collection très riche de Mémoires qui comptent par exemple le Dictionnaire des fiefs de la Basse-Auvergne du Comte A. de Remacle, réédité avec un complément par l'Académie en 2000, l'étude de P.F. Aleil sur Saint Verny (voir Vigne), celle de G. et P.F. Fournier sur la vie pastorale dans les montagnes du Centre de la France et beaucoup d'autres. Le Bulletin Historique et Scientifique de l'Auvergne, trimestriel, est son organe régulier depuis 1881, faisant suite aux Annales scientifiques, littéraires et industrielles de l'Auvergne (1828-1858). Les Mémoires de l'Académie comportent deux séries (1859-1887 et depuis 1890).

 

ACCULTURATION

Adoption sous l'influence d'une force dominante, voire sous la contrainte, de nouveaux usages, moeurs, cultures, langues. Par exemple, acculturation de la France et d'une grande partie du monde au conglomérat anglo-saxon par le biais des "médias" et de la sujétion économique. L'attitude de l'acculturé se caractérise par une course à la servitude et à la dépersonnalisation sous de beaux prétextes, réunis actuellement sous le nom alléchant de "modernité"; et, en complément, l'acculturation comporte la répression par le mépris, la dérision, parfois la pression de lois de ceux qui résistent à cette tendance.

Antérieurement à ce que nous voyons, les peuples régionaux, avec leur langue et culture avaient été réduits par l'acculturation parisienne, improprement dite "française" : car les Auvergnats, même quand ils ne parlaient pas français, se sont toujours sentis aussi français que quiconque, se rappelant que le Roi de France leur avait apporté l'ordre et la sécurité (sur la phase terminale de ce processus d'acculturation, voir Weber E. :La fin des terroirs; beaucoup de données, interprétation souvent discutable). Il faut d'autre part bien poser que l'appartenance à la France étant admise sans discussion et les langues gallo-romanes étant soeurs, issues de la même mère latine, l'acculturation en question, qui a beaucoup apporté sur les plans économique et social, n'avait pas le caractère "oppressif étranger" que l'on reconnaît à une puissance acculturatrice extérieure

Donc, l'acculturation est un phénomène dosant inégalement le positif et le négatif, le bilan de l'acculturation française (destruction des personnalités régionales et gâchis de leurs trésors culturels compensés par l'amélioration des conditions de vie) est relativement équilibré. Le numéro 8, 1975-4, de la revue Bïzà Neirà a publié un article intitulé : Acculturer en auvergnat. Il préconisait, sur la base d'un consentement volontaire, la prise de conscience d'une unité culturelle régionale supérieure aux différences locales et la définition d'une attitude commune envers la conservation et la promotion de la langue par les arvernisants (voir ALEP).

 

ALEP (AUVERGNAT LITTERAIRE ET PEDAGOGIQUE)

L'usage pédagogique réunissant dans une même classe des élèves de provenance géographique très diverse, le désir d'écrivains d'enrichir leur langue par des emprunts compatibles faits à d'autres parlers auvergnats, ont provoqué l'émergence progressive, pragmatique et sans doctrinarisme d'un "auvergnat littéraire et pédagogique" dont les caractères fondamentaux sont les suivants:

  • Base enracinée dans une vaste "zone métropolitaine clermontoise" d'où sont issues la plupart des innovations de grande ampleur qui ont typé et singularisé l'auvergnat au cours des siècles.
  • Intégration d'autres apports auvergnats en considération de leur compatibilité phonétique, de leur originalité et de leur extension.
  • Enrichissement du vocabulaire par l'emprunt inter - auvergnat compatible.

Rien n'est fait pour rendre l'ALEP obligatoire : Bïzà Neirà publie sans relâche tous les textes locaux de quelque valeur qui lui parviennent. On se fie à sa valeur supérieure et on espère que l'intelligence des arvernisants les poussera à comprendre qu'un instrument perfectionné de communication est préférable à un enfermement mutilant dans les insuffisances des patois strictement locaux qui meurent en se francisant et dont le nombre de connaisseurs diminue rapidement. D'autre part l'ALEP n'est pas une norme totalitaire unifiée, elle accepte facilement des visages assez changeants. Les besoins d'une expression plus ambitieuse et l'existence de dictionnaires riches (notamment le Nouveau dictionnaire général français - auvergnat de Pierre Bonnaud et, bientôt le Grand dictionnaire auvergnat - français de Karl-Heinz Reichel) facilitent un brassage tendant vers une unité de fond de l'écrit en langue auvergnate.

 

ALLIER

Cours d'eau Sud - Nord de 410 km de long entre le Moure de la Gardille (massif du Mercoire) et le Bec d'Allier.

L'Allier est l'axe essentiel de l'Auvergne. Des traits linguistiques nés dans le val en Basse-Auvergne remontent presque jusqu'à ses sources, tandis qu'un courant d'émigration inverse a toujours existé. Les témoignages toponymiques de l'ancienne extension d'une forme de langue apparentée à l'auvergnat vont jusqu'aux abords du Bec d'Allier, ainsi que les témoignages d'installation de migrants auvergnats (vignoble de Riousse; village des Auvergnats près de la Guerche-sur-l'Aubois). La navigation sur l'Allier fut une épopée de mariniers en même temps qu'un puissant stimulant de la vie économique de l'Auvergne à partir du XVII° siècle. Les Limagnes, plaines de l'Allier font de l'Auvergne la région la plus riche et la plus pénétrable du Massif Central. L'approvisionnement en eau des parties les plus peuplées de l'Auvergne repose en grande partie sur l'eau de l'Allier et de ses affluents (Naussac). Les terrasses de l'Allier sont une des portions les plus fertiles du Bourbonnais grâce aux alluvions venues d'Auvergne. Tout au long de son cours, l'Allier se nomme z-Aveî, z-Arheî, z-Aleî en fonction des variantes de la langue auvergnate.

Allier est aussi le nom d'un département qui forme l'essentiel de l'ancien Bourbonnais, mais leurs limites ne sauraient être confondues sans erreur historique : la province, dont les formes et avatars varièrent d'ailleurs notablement était plus vaste que le département, en particulier au Nord, au Sud et à l'Ouest.

 

ALMANACH DE BRIOUDE

Depuis 1920, cette parution annuelle est l'exemple vivant de l'utilité irremplaçable des sociétés savantes et de la fécondité d'un milieu intellectuel local attaché à l'illustration du pays. Ses articles traitent de tous les domaines de l'histoire du Brivadois, d'un grand nombre de lieux particuliers, de l'archéologie, des personnalités, de la vie économique et sociale. L'Almanach a publié des textes en langue auvergnate, notamment de Touana Bartran (Antoine Bertrand), P. Mamet, O. Costerizant et A. Massebeuf. C'est une véritable encyclopédie de l'arrondissement de Brioude. Quel dommage que l'on n'ait pas l'équivalent dans chaque arrondissement ! Voir : En feuilletant l'Almanach de Brioude, collection de Documents régionaux du CRDP d'Auvergne, malheureusement un peu ancien (1974).

 

AMBERT

Cette petite ville qui se maintient à grand peine de nos jours dans un arrondissement déserté de moins de 30000 habitants fut le coeur du "grand pays des paysans" (H. Pourrat). Plutôt que de se laisser aller au masochisme en ressassant Jules Romains et ses "Copains" qui la moquèrent, elle gagnerait à se rappeler qu'au tournant du XIX° et du XX° siècle elle fut au coeur d'un groupement informel d'écrivains et d'artistes qui donnèrent à l'Auvergne quelques unes de ses meilleures illustrations et dont certains sont connus bien au-delà des limites de la province Régis Michalias, le pharmacien - poète en langue auvergnate, Henri Pourrat, l'inoubliable créateur de mythes, les frères Angeli, poètes et graveurs de talent. Un peu plus tard, l'Ambertois fut aussi illustré par Claude Dravaine, malchanceuse et intéressante romancière du "Roi de Malmotte" et de "Nouara", par Lucien Gachon, natif de la Chapelle-Agnon, géographe, ethnographe et romancier inspiré et par Antoine Sylvère ("Toinou", " Le pont des feignants"). Peu de villes de cette taille, voire plus importantes, peuvent se flatter de mérites équivalents. Il faudrait ajouter que, des auteurs livradois Missoux (proverbes auvergnats) et l'abbé Grivel (Chronique du Livradois) à leurs émules modernes comme l'abbé Chataing (Vocabulaire de la vallée de l'Ance), M. H. Brizet (le parler de Viverols), Th. Guillot (Le parler de Saint-Anthème) ou J. Boithias, historien actif, l'esprit souffle avec une rare continuité sur Ambert et l'Ambertois.

 

AMé Emile

Improprement nommés, les Dictionnaires topographiques (par département) sont un instrument fondamental de connaissance du peuplement, des circonscriptions géohistoriques et de leurs vicissitudes, de l'évolution dialectale (en dépit des pièges et mirages que peuvent occasionner les habitudes ou les fantaisies des scribes). Ils réunissent en effet toutes les attestations connues des noms de lieux et de leurs anciennes appartenances. Le département du Cantal est malheureusement le seul en Auvergne pourvu de cet instrument de travail irremplaçable, publié en 1897 (Paris, Imprimerie Nationale). Cela doit mériter la reconnaissance publique à son auteur, Emile Amé, architecte en chef du département du Cantal, qui utilisa ses loisirs et sa retraite à le collecter et à le rédiger sous les auspices de la Société d'Emulation de l'Auvergne (la fin du XIX° siècle fut l'âge d'or de ces sociétés; beaucoup d'érudits y travaillèrent avec zèle et sérieux; il y a toujours à prendre dans leurs revues, bulletins, mémoires et publications diverses).

 

ANGLADE Jean

Le plus populaire des écrivains contemporains d'Auvergne en langue française, auteur de plus de 80 livres, principalement des romans. Bien qu'il se défende d'être un écrivain "régionaliste", ce sont ses romans régionaux qui lui ont valu un public fidèle et qui probablement resteront. Les plus connus ont été réunis dans Gens d'Auvergne (collection Omnibus). On remarquera que Jean Anglade, dans ses livres ayant l'Auvergne pour cadre, a embrassé toutes les époques, de Sidoine Apollinaire à la paysannerie d'autrefois et aux scènes du monde contemporain en passant par la seconde guerre mondiale; et les contrées les plus diverses, du Thiers coutelier aux montagnes du Cantal, en passant par Clermont et sa banlieue. Il ne s'agit donc pas seulement d'une oeuvre de conteur habile - ce qu'on lui reconnaît volontiers - mais d'un ensemble plus réfléchi et conçu dans son ensemble qu'on le croit. Son attachement à l'authenticité locale des formes "patoises" - qu'il soit partagé ou non - témoigne aussi dans le même sens : celui d'un auteur cohérent, alors qu'on le juge souvent fécond seulement.

 

"ANNEAU URBAIN CENTRAL"

Bien que la définition des agglomérations urbaines soit devenue difficile et arbitraire du fait de l'urbanisation poussée de vastes auréoles territoriales autour des villes (rurbanisation), on peut admettre que, dans la réalité :

  • celle de Clermont réunit environ 300 000 habitants;
  • l'étendue vivant réellement en symbiose plus ou moins complète avec la capitale de l'Auvergne s'étale, du Sud au Nord, des environs d'Issoire jusqu'au Nord de Vichy et de Gannat, d'Est en Ouest de Thiers à Pontgibaud et aux Ancizes. Cela représente 400 000 à 450 000 habitants.

Cela eût suffi à en faire une métropole dans les années 60 où, dans l'ivresse et la frénésie d'industrialisation et d'urbanisation des "Trente Glorieuses", on promettait d'ailleurs 600 000 habitants à l'agglomération en l'an 2000.

Par ailleurs, depuis lors, le seuil inférieur de population pour faire une métropole dispensatrice de services et notamment de services rares s'est élevé : on l'estime actuellement à 800 000 h. Encore ne s'agit-il que d'une métropole régionale, bien en dessous des grandes fourmilières interrégionales dont le seuil s'est élevé de 1,5 MH à 3 ou 5 MH entre temps (type Milan, Francfort, Barcelone; la conurbation Lyon - Saint-Etienne - Grenoble peine à s'approcher du chiffre le plus bas).

La faiblesse démographique de la France et, bien plus encore, celle de l'Auvergne interdisent d'envisager que l'aire urbaine clermontoise la plus large - celle que M. V. Giscard d'Estaing appelait Arvernia - puisse atteindre seule 800 000 h.

Il semble que la seule solution qui permettrait d'échapper à la satellisation totale envers Lyon, et à Clermont de ne pas devenir un relais - poids mort, mais de jouer un rôle stimulant propre serait que les principales villes du Centre de la France profitent des facilités nouvelles de communication offertes par les autoroutes et voies rapides pour cesser de jouer un jeu personnel et pour élaborer un projet au profit de toute la France centrale.

Ce serait "l'anneau urbain central" pouvant comprendre (si les susceptibilités locales et les rivalités politiciennes passent au second plan) Clermont, Vichy, Moulins, Nevers, Bourges, Montluçon, avec deux piliers principaux, Clermont et Bourges, mais une égalité de traitement qui accorde à chaque ville un rôle d'ensemble défini en commun ainsi qu'un rôle particulier d'animation coordonné avec les autres dans un quadrant donné, tout en éliminant les doublons et les concurrences internes. Une telle démarche n'aurait rien que de très naturel : ce serait à l'échelon des villes ce que font des Etats petits et moyens en se regroupant au sein de "l'Europe".

Outre l'effet d'entraînement interurbain et dans le milieu périphérique, les avantages de la formule toucheraient une vaste portion de territoire, c-à-d les quelque 60 000 Km² et 2,5 MH que les tenants des "grandes régions" déclarent indispensables aux circonscriptions "de poids européen" (quoique très contestable - voir les circonscriptions bien plus petites de nos partenaires européens les plus prospères et les plus actifs - ce concept a des chances de s'imposer, au moins en France).

Ces avantages seraient :

  • Réserves d'espaces aménageables à l'intérieur de l'anneau. Ce serait un terrain magnifique pour essayer d'expérimenter un mariage plus harmonieux entre villes et campagnes.
  • Vaste couronne extérieure susceptible d'ailleurs de s'étendre et d'élargir le rayonnement de la France centrale tout en lui donnant plus de cohésion.

Bibliographie : Bonnaud P. : De l'Auvergne, éd. CREER, Nonette 2002.

 

APPRENDRE (UNE LANGUE, L'AUVERGNAT)

1. Distinguons d'abord un peu en nous amusant des arguments propagandistes du genre : apprendre le flamand aide à apprendre l'allemand, apprendre "l'occitan" aide à étudier l'espagnol. D'abord, c'est faux : sauf pour des sujets exceptionnellement doués pour les langues, l'apprentissage de plusieurs concurremment entraîne interférences et confusions, et si on les étudie l'une à la suite de l'autre, "un clou chasse l'autre". Nous partons de l'idée que si des gens veulent apprendre l'auvergnat, ils ont suffisamment de motifs identitaires sans s'en chercher de faussement utilitaires. Quant à apprendre l'allemand, l'espagnol ou toute autre "grande langue", si on a les raisons de l'entreprendre, il n'y a qu'une chose à faire, c'est de s'y mettre sérieusement.

2. Apprendre l'auvergnat. Conseils d'expérience :

  • Il devient difficile de l'étudier par la pratique, les Arvernophones se cachant par crainte des moqueries ou le considérant comme un "bien privé", un code adapté à la famille et au milieu villageois connu, excluant les "étrangers".
  • Commencer par la grammaire et le vocabulaire est fastidieux et occasionne des déboires, sauf si on a l'abnégation de les accompagner d'un grand nombre d'exercices qui finissent par créer des automatismes.
  • La meilleure voie est de beaucoup lire et plus encore relire à voix haute. On acquiert ainsi des mots et des tournures par imprégnation. Quant à la lecture à haute voix, elle donne d'abord inévitablement des résultats catastrophiques. Il faut alors persévérer, l'amélioration, d'abord lente, s'accélère et on ne risque pas le blocage que ressentent au moment de parler ceux qui étudient "à tiétà mudà" (dans leur tête, sans articuler). Quant à la grammaire et au vocabulaire, ils s'ajoutent en cours de route, à des moments divers selon les besoins ressentis par chacun.

3. Certains patoisants se vantent volontiers "de n'avoir pas besoin d'étudier le patois, ils l'ont appris à la queue des vaches". Or, toutes les langues sont étudiées longuement dans les écoles, partout dans le monde. Chaque patois ne contient qu'une fraction des richesses de l'auvergnat. Seule la réunion de ces richesses peut rendre l'auvergnat apte à et digne de se maintenir en produisant et en créant dans toutes les ambiances qui l'environneront.

Il existe maintenant un matériel abondant et de tout niveau pour apprendre la langue auvergnate. S'adresser à : Cercle Terre d'Auvergne, 11 rue des Saulées, 63400 Chamalières.

 

AQUITAINE PREMIERE

Sous Dioclétien, la grande Aquitaine d'Auguste (capitale Saintes, puis Bordeaux) fut divisée en deux. La plus proche de Rome, l'Aquitaine première comprenait les cités des Bituriges (Berry), Lémovices (Limousin), Arvernes (Auvergne) et leurs anciens clients : Cadurques (Quercy), Gabales (Gévaudan), Vellaves (Velay), plus le territoire restant aux Ruthènes (Rouergue) après détachement du Sud (l'Albigeois) annexé à la Narbonnaise. Après la chute de l'Empire romain, la Prima Aquitanorum subsista sous la forme de l'Archevêché de Bourges qui dura ainsi jusqu'au lendemain du concile Vatican II. Au cours du haut moyen âge, plusieurs tentatives de restauration d'un condominium arverno-berrichon eurent lieu sous l'impulsion de la noblesse gallo-romaine restée dominante dans ces provinces et avec l'intention de faire face aux pillages francs. Mais elles échouèrent. A côté de diverses versions d'une grande circonscription du Massif Central que projettent actuellement certains milieux technocratiques et politiques, celle de "l'espace central", souvent évoquée par la DATAR et reprenant le terrain d'action de l'ADIMAC (association pour le développement industriel du Massif Central) réunit le Berry et une partie du Massif centrée sur l'Auvergne. Ce serait la plus riche en potentialités par les perspectives d'exploitation de complémentarités et de grands équipements (A 71) qu'elle ouvrirait.

 

-ARIUS

Suffixe latin qui a donné -ier en français (noms d'arbres, de métiers) et dans les langues d'oc méridionales (peut-être sous l'influence du français : le gascon a -er). Dans la vaste aire médioromane de la France médiane, dont cette terminaison est caractéristique, on a eu -eir dont les évolutions règnent encore en Poitou - Saintonge, Berry (toponymie), Auvergne, Bourgogne, Franche-Comté et la plus grande partie du franco-provençal. En auvergnat on distingue :

  • , pluriel -ê dans les mots sans féminin : pereî : poirier;
  • eir dans les mots avec féminin, le -r (non prononcé) reparaissant au féminin : marseir : mercier, f. marseirà plur. marser, marséra.

L'auvergnat fait un usage bien plus étendu et bien plus varié de ce suffixe que les autres langues gallo-romanes : noms d'habitants (lau nantïlher), adjectifs innombrables, mots nouveaux (type très productif). Sur les confins méridionaux existe, dans le Nord du Gévaudan un forme très particulière en -io : poumio : pommier. Dans l'Est de l'Auvergne surtout les noms d'arbres fruitiers sont souvent au féminin : là poumeirà : le pommier. Le Sud du Cantal auvergnat a subi l'intrusion du masculin méridional -ié / -ier. La toponymie y prouve largement partout l'antériorité de la forme auvergnate -eir et d'autre part le féminin, toujours plus conservateur, a une forme hybride -ieirà qui la rappelle.

 

ARTENSE

Entre la Dordogne et les massifs volcaniques des Dore et du Cantal s'étend un plateau du socle granitique et métamorphique bouleversé par les anciens glaciers et drainé par le réseau de la Rhue. Il s'élève d'Ouest en Est de 600 à 1200 m. Cette Artense est une des contrées les plus typées de l'Auvergne : les Artensiers avaient la réputation de fortes têtes, batailleurs et travailleurs infatigables. Ils migraient dans de nombreux métiers et vers des directions diverses : cf. Prival M. : Les migrants de travail d'Auvergne et du Limousin au XX° siècle, Clermont-Ferrand, IEMC 1979. Les noms de famille montrent la permanence de la population autochtone depuis la fixation des patronymes au moyen âge. L'Artense a eu son chantre, l'écrivain instituteur Léon Gerbe (Au pays d'Artense, 1932). En courts chapitres intercalant des descriptions austères et des anecdotes le plus souvent dramatiques, forçant parfois un peu le trait pour accuser les aspects typiques du pays et des gens, il a dressé le portait vigoureux d'un "pays rude" et d'une "race forte" pour reprendre ses propres termes.

 

ARVERNE (CONFEDERATION)

Bien que très mal documentée, son existence est admise par presque tous les historiens. Les Arvernes étaient considérés comme le peuple guerrier le plus puissant de la Celtique. Ils y exercèrent la royauté militaire (direction au combat) avant qu'elle soit supprimée par suite de la volonté d'indépendance de la haute aristocratie militaire et Celtillos, père de Vercingétorix, accusé de vouloir la rétablir, fut exécuté. Les contours de la Confédération arverne sont mal connus, ils durent être très changeants, plus précis ici, plus flous là. Il paraît douteux qu'elle se soit étendue à toute la Gaule, Belges et Aquitains, peuples différents, étant sans doute peu disposés à supporter son joug. Elle dut concerner plutôt la Celtique et plus particulièrement sa partie centrale avec les Arvernes et leurs clients (Vellaves, Gabales, Cadurques; peut-être les Ruthènes au début, voire les Helviens comme l'épisode de Bituit semble le suggérer); ainsi que leurs alliés d'alors, Lémovices, (Pétrocores ?), Bituriges et peut-être Carnutes. Elle esquissait ainsi un projet d'unité de la Gaule autour de ses régions centrales, où se trouvaient les territoires les plus vastes des peuples les plus puissants et probablement les moins embarrassés par les substrats des populations antérieures (voir à ce sujet Bonnaud P. : Terres et langages, peuples et régions, Clermont-Chamalières, Cercle Terre d'Auvergne 1981, 2 vol.). L'influence romaine le contraria avant de le réduire à néant par la conquête césarienne.

 

ARVERNES

Un temps peuple le plus puissant de la Gaule (l'étymologie de leur nom serait "les supérieurs", d'après Sergent B. : Les Indo-Européens, Paris, Payot 1995), ils auraient fait reconnaître leur suprématie du Rhin aux Pyrénées d'après Strabon, par l'intermédiaire de la Confédération arverne, mal cernée. Celle-ci peut avoir été intégrée à une méridienne centrale du pouvoir (v. Berry). Les Arvernes eurent à coup sûr comme vassaux les Gabales et les Vellaves; on cite aussi les Cadurques et les Ruthènes qui leur échappèrent plus tôt, dans une Gaule protohistorique travaillée par les autonomismes régionaux des aristocraties militaires. Cette liste montre que la domination celtique vers le Sud de la Gaule progressait sous leur direction. Leurs rapports avec d'autres peuples, voisins ou proches (Lemovices, Pictaves) restent plus confus. L'alliance avec les Allobroges antérieurement à la soumission de ceux-ci par les Romains est suggérée par les événements. La défaite de Bituitos en - 121 face aux Romains semble avoir porté le coup de grâce à une hégémonie que minaient trop d'ambitions divergentes. Les Eduens, qui aspiraient à substituer leur prépondérance à celle des Arvernes en profitèrent pour établir leur protectorat sur les Bituriges. Rome victorieuse accorda à ce peuple dangereux un traitement favorisé (civitas libera) mais rogna son territoire et surtout le dilua au sein d'une grande Aquitaine saintaise - bordelaise puis de l'Aquitaine première dont la capitale fut Bourges. L'aristocratie arverne joua alors le jeu de la romanisation et garda sa prééminence locale au cours de l'Antiquité tardive, longtemps après la chute de l'Empire. Le ressort des ambitions politiques était brisé comme le montre la faiblesse des tentatives de résistance aux envahisseurs wisigoths, puis de rétablissement d'une autonomie centrale face aux pillages francs au haut moyen âge. Dès lors, l'Arvernie se résorbe en Auvergne, diminuée, mais qui reste longtemps la province la plus peuplée de la Gaule / France centrale, paralysée par le surpeuplement et la pauvreté. Mais les Arvernes, rétablis dans l'estime publique par le celtisme du XIX° siècle, hantent toujours l'esprit auvergnat comme une sorte d'image idéale de soi-même : cf. (entre autres !) le nom d'avernat donné par C. F. Ravel à la langue littéraire auvergnate unifiée dont il rêvait, celui d'Arvernia préconisé par V. Giscard d'Estaing pour la grande conurbation du Val d'Allier en formation d'Issoire à Vichy et une foule de références aux Arvernes dans la littérature régionale et dans quantité d'associations, par exemple les sociétés de gymnastique qui eurent tant de succès de 1871 à 1914.

 

ARVERNIE

On peut réunir sous ce nom, à titre de commodité :

  • le territoire détenu par la tribu des Arvernes (voir Auvergne);
  • l'ensemble de celui-ci et des protectorats que les historiens et géographes de l'Antiquité nous disent avoir été subordonnés étroitement aux Arvernes jusqu'à la conquête romaine (voir Confédération arverne).

Ce nom peut en outre être actuellement considéré comme disponible pour nommer toute formation réelle ou préconisée se constituant autour du noyau territorial de l'Auvergne, sous l'influence de sa capitale Clermont et dans une optique réunissant la mémoire historique et des activités et perspectives actuelles de tout ordre.

 

ARVERNISANT - ARVERNOPHONE

L'arvernisant est une personne portant un intérêt spécial à la langue auvergnate : amateur ou érudit, pratiquant volontaire, qu'il cherche à maintenir la pratique d'un parler qu'il connaît ou qu'il l'ait apprise dans le but de la perpétuer. Dans la réalité de l'usage, le mot implique une nuance : celui qui fait quelque chose pour contribuer à cette perpétuation, qui regarde l'auvergnat comme une langue, admet et propage ses formes distinctives, cherche à mettre en relief sa spécificité.

L'arvernophone est celui qui parle auvergnat, quelle qu'en soit la forme, qu'il soit patoisant spontané ou néo - arvernisant capable d'employer couramment la langue. Le mot cependant comporte toujours une idée de totalité, alors que le patoisant exagère souvent la fragmentation et "l'incommunicabilité" interne de l'auvergnat. D'autre part, celui qui comprend sans parler n'est pas un arvernophone (il pourrait l'être en surmontant un blocage psychologique), ni le néo - arvernisant qui n'est pas parvenu à une maîtrise suffisante de la langue. Il n'y a jamais eu de statistique fiable des Arvernophones. On peut estimer que vers 1830-1860 la quasi totalité de l'aire linguistique auvergnate (v. Auvergne) était arvernophone. L'exode rural, l'enseignement français unilingue, le brassage des populations, la guerre de 14 ont bouleversé le tableau. Dès 1880, on a parlé français aux enfants dans les régions ouvertes (plaines, coteaux, certains plateaux, surtout au Nord). Après 1920, même les contrées les plus élevées, les plus conservatrices ont fait de même. L'auvergnat a été très tenace : les derniers monolingues n'ont disparu qu'entre les deux guerres et jusque dans les années 1950-60 il y a eu un nombre non négligeable de bilingues préférentiellement arvernophones. Actuellement la langue s'altère car elle n'est parlée que sporadiquement et dans un milieu restreint par ceux qui en usent. Jusque vers 1920 les femmes, qui sortaient peu de leur lieu d'existence, étaient restées plus strictement arvernophones que les hommes qui émigraient, allaient au service militaire, etc.. Situation inversée après 1920, les femmes abandonnant volontairement l'auvergnat dans lequel elles voyaient un des symboles de leur servitude ancienne.

Il faut dire clairement les choses : la récupération de masse d'une langue régionale est une impossibilité, comme on le voit en Irlande, au Pays Basque et ailleurs. Les panneaux, les formulaires bilingues, les écoles unilingues - bidon n'y font rien. Seule une élite de gens instruits attachés à leur pays, en ayant une perception globale qui inclut le rôle irremplaçable de la langue comme marqueur identitaire et source de création originale "à nulle autre pareille" peut perpétuer un héritage que tout Auvergnat bien né devrait considérer comme inaliénable et sacré. Mais il y faudrait aussi l'abnégation de gens de talent aptes à créer en supportant dans la durée l'ingratitude et l'obscurité et d'autre part la cohésion et l'esprit de sacrifice de ceux qui soutiendraient leurs efforts.

 

ARVERNO - BOURBONNAIS

C'est la partie auvergnate de l'ensemble des parlers de transition qu'on appelle Croissant dans les ouvrages de dialectologie. Non entre "la langue d'oïl" et "la langue d'oc", qui ne sont que des abstractions face à la réalité du terrain, mais entre les anciens dialectes francisés du Berry et de la Bourgogne, d'une part et l'auvergnat d'autre part qui sont les langages concrètement en contact. La délimitation précise de cette bande, qui court sur les confins de la Creuse et du Cher, du Puy-de-Dôme et de l'Allier (surtout dans ce dernier département) est de peu d'intérêt, car elle n'est pas stable géographiquement (v. Croissant). D'autre part, sa portion occidentale, à l'Ouest de la Forêt des Colettes est assez proche de l'auvergnat combraillais. La portion orientale, entre les Colettes et le Montoncel, a vu la transformation beaucoup plus profonde et complexe de ses parlers originels. Dans leur état contemporain (qui se modifie par une francisation croissante à chaque génération) ils sont caractérisés par :

  • des particularités phonétiques : chute du -d intervocalique dans les désinences (par exemple du participe passé), prononciation francisée de ch et de j, présence du (a) d'arrière...
  • des spécificités morphologiques : recul des pluriels vocaliques, pluriels en -ou des mots - outils, imparfait unifié par parler (le plus souvent sur l'imparfait I en -ave, parfois sur l'imparfait II en -io / -ia), P1 (première personne du singulier) du présent en -ou pour les verbes en -iâ / -iê, pronoms pluripersonnels (surtout ei / i) qui joue le rôle d'annonce du verbe...
  • un vocabulaire composite très riche (et bien recensé par les érudits bourbonnais) qui est une ressource de grand intérêt pour le lexique de la langue auvergnate.

Ces traits montrent que l'arverno-bourbonnais n'est pas seulement un mélange d'auvergnat et de français mais que

  • par une vieille route de bordure septentrionale du Massif Central passant notamment par Varennes et Chantelle l'influence du franco-provençal forézien s'est propagée;
  • parmi les traits ni auvergnats ni français certains sont des réaménagements propres à l'arverno-bourbonnais, attestant la robustesse prolongée de ces parlers;
  • d'autres, qui ne sont rapportables à aucun des cas ci-dessus ne peuvent guère être autre chose que des projections d'anciens états du bourguignon et du berrichon encore non francisés par l'effet Terracher, à la manière dont les ondes de choc continuent à se propager vers les bords de l'étang après que le caillou qui les a provoquées a touché le fond.

 

AURILLACOIS

Correspondant à l'arrondissement d'Aurillac, cette contrée a toujours fait partie de l'Auvergne provinciale et administrative et un sentiment très affirmé s'y exprime souvent : le mouvement auvergnat de Paris y a sa source quoique Louis Bonnet, né à Aurillac soit familialement originaire du Sanflorain. Cependant, au moyen âge l'Aurillacois est entré dans une aire quercynoise de relations qui a méridionalisé son langage (voir guyennais). Divers traits dialectaux et toponymiques y laissent cependant soupçonner un substrat auvergnat. L'opinion commune est attachée à l'Auvergne, mais l'attraction toulousaine n'est pas limitée aux milieux restreints (félibres, occitanistes) qui se fondent sur cette méridionalité du langage. Elle touche d'autres domaines culturels (étudiants) ou économiques (rattachement de Centre-Lait à un groupe de Midi-Pyrénées). Le rugby, sport identitaire de la contrée, s'était agrégé au comité du Limousin et seules des subventions importantes du Conseil régional lui ont fait réintégrer la Ligue d'Auvergne. Tout ceci, quoique hétéroclite, exprime bien la particularité du bassin de la Dordogne qu'on retrouve en Mauriacois dans une mesure moindre. D'autre part le Cantal, dont le dépeuplement se poursuit, concentre de plus en plus sa population dans l'arrondissement d'Aurillac. Entre ce secteur et la Basse-Auvergne une ceinture préoccupante de vide démographique et d'économie ralentie tend à se développer.

Au tournant des XIX° et XX° siècles, l'Aurillacois a connu une floraison importante d'écrivains dialectaux dont notamment Arsène Vermenouze, F. Courchinoux et le duc de la Salle de Rochemaure. Voir de la Salle de Rochemaure : Les Troubadours Cantaliens, tome II, Aurillac, Imprimerie moderne 1910.

 

AUVERGNAT (LANGUE)

La langue auvergnate, qui présente le maximum d'originalité en Basse Auvergne mais qui, sous des réalisations parfois différentes, obéit à une même logique dans l'ensemble de son domaine, est un des idiomes gallo-romans les plus typés. Elle se différencie aussi bien du français (ce n'est pas du "français écorché") que des langues d'oc méridionales, par des traits fondamentaux touchant tous les domaines :

  • Phonétique : langue à faible tension articulatoire et donc à articulation relâchée, elle simplifie les groupes de consonnes, élimine les consonnes finales (d'où la prépondérance quasi-absolue des syllabes ouvertes CV [consonne + voyelle]), ne prononce clairement que les voyelles toniques, tandis que les atones ont des timbres intermédiaires et souvent peu clairs, développe (e) et (eu) aux dépens d'autres voyelles, multiplie les diphtongues particulières. Elle possède une gamme extrêmement étendue de palatalisations (chuintements, mouillures) y compris vocaliques (développement de (u) aux dépens de (ou)).
  • Morphologie et syntaxe : Sauf exceptions très restreintes (Protestants du Velay) le -s du pluriel a disparu, remplacé par deux systèmes : pluriels vocaliques en auvergnat septentrional, pluriel uniquement marqué dans des mots - outils en auvergnat médian et méridional. La conjugaison présente de nombreuses particularités de formes et de combinaisons, mais dans l'ensemble elle est très régularisée et simplifiée. L'usage des prépositions est sans aucun équivalent dans l'ensemble des autres langues latines.
  • Lexique : le vocabulaire est remarquablement composite du fait de la position géographique de langue - charnière entre Nord et Sud, entre Est et Ouest. L'auvergnat est un langage à idiomatismes (voir les rubriques En bon auvergnat et Phraséologie auvergnate de la revue Bïzà Neirà). Ces caractères lexicaux sont précieux pour comprendre le génie populaire de toute l'aire gallo-romane et une foule de mots et phénomènes aux quatre coins de la France.
  • Même l'expression écrite de l'auvergnat suit sa propre trajectoire : elle n'a guère partagé la chronologie et pas du tout les modes des langues d'oc méridionales, le Félibrige n'a guère eu d'écho, l'Auvergne est avec la Provence la seule région revendiquée par "l'occitan" où l'occitanisme ait rencontré une résistance organisée.
  • La fragmentation de l'auvergnat, parfois exagérée ("le patois change d'une commune à l'autre") est réelle mais inégale : très forte en Limagne, elle est moindre dans les secteurs de plateau et de montagne où existent des unités plus vastes (voir la carte annexée au Nouveau dictionnaire général français - auvergnat de Pierre Bonnaud).
  • Clermont, capitale permanente de l'Auvergne, a joué un rôle décisif dans la formation de la langue auvergnate : ce sont ses innovations qui, se répandant largement quoique irrégulièrement selon les phénomènes, ont typé la langue et lui ont donné une physionomie "à nulle autre pareille".

Bibliographie : Bonnaud P. : Grammaire générale de l'auvergnat à l'usage des arvernisants, Cercle Terre d'Auvergne, Chamalières 1992.

 

AUVERGNAT MEDIAN

Une des trois formes principales de la langue auvergnate. Son territoire est un long fuseau ONO - ESE s'étendant du plateau d'Ussel à Tence. Il s'élargit à l'Ouest (Sancy, Artense, Cézalier) et à l'Est (Velay central). Il se rétrécit au Centre, surtout en Brivadois où l'avance des traits du Sanflorain jusqu'à la rive gauche de l'Allier en réduit la largeur. Il présente trois variantes : occidentale, centrale et orientale.

L'auvergnat médian est une bande d'interférences. Ses limites le montrent bien : au Nord, c'est celle de la conservation de s- devant c, ch, f, p, t (scovà : école; spessâ : casser; stiavà: étoile); au Sud, c'est celle de l'avance de l'article le, originel ou progressant aux dépens de lou selon les secteurs.

Mais il a des particularités propres qui le distinguent très nettement : passage à -v- de la consonne -l- après a, o, ou (voir exemples ci-dessus); aphérèse [disparition] de e- initial devant consonne (mêmes exemples); développement de (an) aux dépens de (en). Certains traitements sont plus localisés comme z substitué à v- dans les Dore (zi : vin).

Les palatalisations sont pratiquement les mêmes qu'en auvergnat septentrional, y compris les palatalisations vocaliques à l'Ouest. Le trait dominant de la morphologie est l'article à trois formes : le, là, li (issu de lés). L'article et les mots - outils variables (qui ont aussi un pluriel en -i : cauqui) distinguent le pluriel du singulier, car les noms restent presque partout invariables (le pluriels vocaliques du Nord pénètrent partiellement cependant). Les adjectifs ont parfois un pluriel vocalique calqué sur l'article : boni : bons. L'emploi des prépositions est le même qu'en auvergnat septentrional (recul d'à, progrès de mei = bei, de pe = pà).

Le vocabulaire appartient principalement au courant rhodanien avec quelques méridionalismes (lecâ : lécher). A l'Ouest et au Centre, les interférences septentrionales sont plus nombreuses qu'à l'Est.

La description ci-dessus vaut surtout pour l'Ouest et le Centre. Dans ce dernier, on note que l'influence bas-auvergnate (notamment le z- euphonique) remonte loin le long de l'axe de l'Allier vers le Sud du Devès. Dans l'Est (Velay central), des traits particuliers apparaissent :

  • L'article à 4 formes : le, là, loui, lai (ces pluriels sont lous et las devant les mots commençant par c, ch, f, p, t et lou z-, la z- devant les mots commençant par une voyelle).
  • Dans une bande joignant l'Yssingelais à l'Allier dans le secteur de Jumeaux à Lavaudieu, les mots outils variables prennent la terminaison de l'article septentrional : queleù, aquelou, etc...
  • La préposition à s'est mieux conservée. Le z- euphonique disparaît à partir d'une ligne passant à la méridienne d'Allègre : on entre dans la logique de l'auvergnat oriental (voir Ouest et Est) qui, ayant connu plus tardivement la chute des consonnes finales, dans un environnement où le hiatus était déjà répandu, l'a accepté plus facilement.

 

AUVERGNAT MERIDIONAL

L'auvergnat méridional s'étend sur :

  • Le Mauriacois, caractérisé par le passage de -l- intervocalique à -g- (pagà : pelle); la rareté des consonnes euphoniques (ici, c'est g-); la préposition d'à pour à et de, un vocabulaire original tant par rapport au reste de l'auvergnat que par rapport à l'aurillacois (ce fait semble lié à un ensemble du bassin duranien = de la Dordogne, alors que l'Aurillacois a reçu plus d'unfluences languedociennes via le Quercy).
  • Le Sanflorain, branche centrale, qui s'étend aussi sur la Margeride saugaine et une partie du bassin de la haute Truyère autour du Malzieu. Il est caractérisé par le passage de -l- à -rh- (r raclé : parhà : pelle); la pénétration du z- euphonique jusque sur la Planèze de Saint-Flour; la pénétration partielle du système bas -auvergnat de prépositions (an / am = bei, pér / pé = pà, refoulant à).
  • Le Sud-Est du Velay, une partie de la Montagne vivaroise, où se conserve partiellement le -s du pluriel (en liaison devant un mot commençant par c, ch, f, p, t et à la pause).
  • Enfin, on peut considérer comme un "Sud lointain" la Margeride gévaudanaise jusqu'au cours du Lot et la Cévenne vivaroise. Indiscutablement auvergnates à l'origine (les palatalisations de ca- et ga- en cha-[tcha] et ja- [dja] y sont même plus développées qu'en auvergnat courant), ces contrées, incluses pendant de longs siècles dans un système méridional de relations et vivant en complémentarité subordonnée avec le Languedoc et le Bas-Rhône, ont subi une forte languedocianisation de la phonétique (maintien ou rétablissement de -s pluriel, des syllabes fermées), de la morphologie, de la syntaxe (ordre des pronoms personnels) et du vocabulaire : cf. Camproux Ch. : Etude syntaxique des parlers gévaudanais, Paris, PUF 1958.

Hormis cette zone pratiquement détachée, l'auvergnat méridional :

  • suit la même logique évolutive que l'auvergnat septentrional et médian avec seulement quelque retard et quelques réalisations particulières : disparition de -s pluriel, chute des consonnes finales, simplification des groupes de consonnes (par exemple, même devant c, ch, f, p, t le s- cantalien se réduit à une inspiration, voire disparaît en diction rapide), palatalisations diversifiées...
  • distingue le pluriel du singulier grâce à l'article et aux mots - outils variables comme en Auvergne médiane.
  • par contre, il se distingue bien par le système de l'article et surtout par son masculin singulier lou. A l'Ouest prédomine le système à trois formes : lou, là, li (lis devant c, ch, f, p, t; forme ancienne lés; restes épars de loui / lou lous / lou z- , lai / las / la z- : voir auvergnat médian). A l'Est, le système à 4 formes décrit pour le Velay central à la rubrique auvergnat médian est solide : lou, là, loui, lai (et leurs variantes).

On note des différences assez importantes de vocabulaire entre Ouest, Centre et Est.

 

AUVERGNAT SEPTENTRIONAL

Extension : de l'Est de la Creuse et du plateau d'Eygurande à ceux de Noirétable , de Saint-Bonnet-le-Château et de l'Yssingelais. Ce territoire est divisé en deux compartiments principaux :

  • l'Ouest et le Centre allant à peu près jusqu'au cours de l'Allier. Les parlers de Limagne s'y distinguent par leur évolution poussée, leurs innovations proliférantes et leur fragmentation.
  • l'Est qui s'étend sur la Varenne, les coteaux orientaux et les massifs de l'Est. Les marges orientales ont subi des interférences foréziennes fortes (P. Nauton considérait le plateau de Saint-Bonnet et l'Yssingelais comme une "amphizone").

Ce territoire rassemble la grande majorité de la population, présente le maximum de traits distinctifs typant la langue auvergnate et a fourni la plus forte proportion de textes littéraires et autres. Caractères principaux de l'auvergnat septentrional :

1. Phonétique et phonologie :

Il pousse à l'extrême la simplification des groupes de consonnes et la chute des consonnes finales : toutes les syllabes deviennent ouvertes (consonne + voyelle ou diphtongue) sauf restes insignifiants de -r et de -n (en liaison).

Les voyelles faibles (eu) puis (e) se développent aux dépens d'(é), (o fermé) et (ou) en syllabe atone; le point d'articulation se déplace : les voyelles d'avant gagnent; les voyelles toniques seules sont prononcées distinctement, les autres ont des sons intermédiaires mal fixés et peu clairs.

Les diphtongues anciennes (au, où, ai, ei) se transforment ou se réduisent à une voyelle simple (ei se maintient le mieux et gagne sur ai). Les diphtongues secondaires (développées après coup) se multiplient : uo, oa, oé, ue, ainsi que les triphtongues : oei, iau, uoù...

Les palatalisations conditionnées atteignent leur maximum de développement : mouillures, chuintements. Les palatalisations vocaliques prennent aussi de l'extension : ou se transforme souvent en u.

En phonologie, les consonnes euphoniques (z- verbal, v-, l-, d-, n-), utilisées pour pallier le hiatus consécutif à la chute des consonnes finales sont surtout généralisées à l'Ouest. A l'Est, le z- verbal disparaît, les parlers acceptent le hiatus. Z- est issu de l'ancien -s pluriel, mais son emploi est devenu tout à fait différent.

2. Morphologie :

L'article a 4 formes : le, là, leù, la. Seul leù a des variantes assez nombreuses : lau, loû, lu. Articles et mots - outils variables (démonstratifs, possessifs, indéfinis) contribuent à distinguer singulier et pluriel en palliant la chute totale de -s.

Cependant, l'auvergnat septentrional a élaboré une série très riche de pluriels vocaliques qui assurent l'essentiel de la discrimination à l'oreille entre les nombres. C'est pourquoi l'ajout graphique de -s est non seulement inutile, mais c'est aussi une faute capitale contre la logique de la langue.

La conjugaison, très remaniée, a été fortement régularisée et simplifiée. La distinction entre les groupes verbaux a perdu de son importance, les désinences sont unifiées par temps au sein de deux blocs : les temps réels et les temps irréels.

3. Syntaxe :

La maîtrise des constructions prend le pas sur celle de la grammaire : l'auvergnat septentrional pousse à l'extrême l'idiomatisme des phrases principalement par un usage des prépositions sans aucun équivalent dans les autres idiomes néo-latins.

4. Vocabulaire (voir : les 3 vocabulaires auvergnats):

La confluence de plusieurs courants dans la région - charnière qu'est l'Auvergne a fourni une abondance de mots. Or, "les gens savent plus que leur propre patois", ce qui a permis la distinction de nuances très subtiles. En outre, les formations expressives, fabriquées par analogie étymologique (surtout en Limagne et dans sa "zone de décalque) sont une source d'originalité, de liberté et de verve dans les parlers.

Tous ces caractères, résultat de la position géographique - charnière et de la constance avec laquelle une population longtemps homogène et compacte a su sélectionner les emprunts, ont fait de cette version septentrionale de l'auvergnat non seulement un langage aux potentialités extrêmement riches, mais encore une source capitale pour la compréhension des faits linguistiques d'une grande partie de l'aire gallo-romane : on y trouve vivants des traits qui, aux quatre coins de la France, ne se retrouvent plus qu'en onomastique ou dans les textes anciens, ainsi que des formes de transition qui éclairent maint vocable ou toponyme d'un jour nouveau. Puisse - t- on s'en aviser enfin pour le profit de la science philologique gallo-romane en se dégageant des préjugés réducteurs de la "langue d'oc", cette auberge espagnole, et de "l'occitan", cette machine à niveler !

 

AUVERGNATS DE PARIS

On signale des Auvergnats à Paris dès les XIV° et XV° siècles. Les gens entrant au service du Roi (militaires, officiers = fonctionnaires) ont précédé ceux du peuple, qui commencent à former un courant à la fin du XVIII° siècle. Dans la première moitié du XIX° siècle, les immigrants viennent surtout de Basse Auvergne et notamment de Limagne. Gens instruits, ils s'assimilent rapidement. Après 1850, la crise agricole et le développement massif du Paris des chemins de fer provoquent un déversement torrentiel. Le centre de gravité des partants se déplace vers le Sud. Les plateaux des arrondissements de Saint-Flour, Espalion, Marvejols deviennent les épicentres du mouvement. Puis le Gévaudan, le Rouergue, l'arrondissement de Figeac, le Cantal occidental retournent vers la capitale leurs destinations jusque là méridionales. Le courant faiblit avant la guerre de 1914. Après celle-ci, il subsiste une émigration traditionnelle s'appuyant sur un réseau de relations et sur les positions acquises (voir aussi migrants).

Jusque vers 1880, les émigrés auvergnats (voir Louis Bonnet et l'Auvergnat de Paris) sont au bas de l'échelle sociale, ils pratiquent les métiers les plus durs, les plus salissants et les plus mal considérés : frotteurs de parquets, porteurs d'au, ferrailleurs... Leur ascension commence avec les "bois et charbons" ("bougnats"). De là, ils passent aux débits de boisson, cafés et jusqu'à de grandes brasseries (Lipp). C'est la "limonade". Leurs qualités propres, maintes fois reconnues (travail acharné, épargne, sens de la famille, saine ambition, honnêteté) furent puissamment secondées par la solidarité entre "pays", stimulée par leurs organisations (l'Auvergnat de Paris, la Ligue auvergnate, les amicales communales, cantonales ou pluri-cantonales). Ils atteignirent ainsi de hauts postes et une place notable dans la société de la III° République, soit par leur réussite directe, soit par la promotion de leurs enfants instruits. R. Girard (Quand les Auvergnats partaient conquérir Paris, Paris, Fayard 1979) a justement fait remarquer que leur réussite dans le commerce et les professions libérales résulte du fait que la République anticléricale n'ouvrait pas volontiers les voies de la promotion par la fonction publique à des gens venus de régions très catholiques.

Les immigrants venus des foyers classiques (voir ci-dessus) acceptaient volontiers l'étiquette d'Auvergnats, bien que beaucoup ne fussent pas originaires de la province d'Auvergne. L'arrivée d'Aveyronnais du Sud et de l'Ouest, plus particularistes, troubla cette solidarité. D'autre part, les liens avec le "Pays" se relâchaient dans les jeunes générations dès l'entre deux guerres et beaucoup devenaient des Parisiens comme les autres. Après 1950, les émigrants auvergnats entrèrent massivement dans la fonction publique, Paris ne fut plus qu'une destination de début de carrière, surtout dans les Postes.

 

AUVERGNE

L'Auvergne est en apparence une notion complexe susceptible de 4 définitions :

1) Administrative, actuelle : 4 départements, Allier, Puy-de-Dôme, Cantal, Haute-Loire.

2) Provinciale, historique : depuis le XIX° siècle, c-à-d une époque où les provinces n'existaient plus, s'est propagée l'approximation : Puy-de-Dôme, Cantal, arrondissement de Brioude.. Mais la province héritait de la Civitas arvernensis (territoire des Arvernes) via l'ancien évêché de Clermont, qui comprenait originellement presque toute la moitié orientale du Bourbonnais (Allier actuel). D'autres variations minimes ont eu lieu au cours des temps : pertes au Nord au profit du Bourbonnais, gains au Sud-Est sur le Velay.

3) L'Auvergne des Auvergnats de Paris (migrants qui adoptèrent cette identité à la fin du XIX° siècle sous l'impulsion de Louis Bonnet), déportée vers le Sud du Massif Central (Aveyron, Lozère, Lot rajoutés). Cette notion tend à perdre sa netteté de nos jours avec l'assimilation croissante des descendants au milieu parisien. Mais elle a laissé des traces dans les esprits parisiens, qui confondent volontiers Auvergne et Massif Central et elle est sans doute en partie à l'origine de la nouvelle acception politico - technocratique de Massif Central, dont les bases réelles sont pourtant bien différentes.

4) L'Auvergne linguistique, celle de la langue auvergnate : elle est en retrait sur les autres dans le Cantal, ne comprenant pas l'Aurillacois de dialecte guyennais ; elle déborde sur le Sud du Bourbonnais, la Combraille marchoise ou "limousine", le plateau d'Ussel à l'Ouest, les secteurs de Saugues, de Langogne et du Malzieu en Gévaudan, la Montagne vivaroise, les plateaux de Noirétable et de Saint-Bonnet-le-Château en Forez. Elle fut d'ailleurs originellement plus étendue vers le Nord et vers le Sud surtout : le recul date du moyen âge surtout (et à un degré moindre de l'époque historique moderne). L'Auvergne se replia alors su elle-même dans un effort désespéré pour faire face au surpeuplement par la polyculture autarcique qui restreignait les horizons de relations et abandonnait sa périphérie aux influences extérieures.

Mais ces variations de limites (qui existent dans toutes les régions) ne doivent pas cacher l'essentiel : toutes les acceptions de l'Auvergne sont centrées sur le Val d'Allier et les plateaux environnants constituant un ensemble complémentaire extrêmement solide qui représente 60 à 70 % de toutes les conceptions ci-dessus, exerce son influence sur tout le reste et a résisté jusqu'à présent à toutes les vicissitudes.

 

AVERNAT ET LIMAGNIEN

Les meilleurs des arvernisants ont mesuré depuis longtemps les inconvénients de la fragmentation patoisante qui appauvrit la langue, scinde la communication, mutile les ambitions littéraires. Au XVIII° siècle, l'abbé Tailhandier voit dans le parler clermontois "l'attique limagnien", pose le principe d'une hiérarchie des parlers à la tête desquels il place celui de la capitale de la province, lieu où les courants de partout se rencontrent et se fertilisent. Il expose clairement ce qui est nécessaire pour émanciper cette langue et affirmer sa valeur culturelle : un système d'écriture simple et clair, une grammaire qui en établisse les règles, un dictionnaire, un recueil des oeuvres de ses meilleurs auteurs (ce qu'il fit par le manuscrit où il sauva le meilleur des écrits du XVII° siècle).

Cent ans plus tard, alors que le centralisme parisien a déjà engagé la lutte pour détruire les "patois", alors que certains, comme Roy ou Bathol acceptent l'idée d'une infériorité de la langue régionale, Charles-Antoine Ravel énonce la nécessité d'une langue commune qu'il appelle l'avernat. Il souhaite certes en dégager les principes sur la base d'une oeuvre médiocre, celle de F. Perdrix, mais l'idée était d'autant plus juste et remarquable qu'à l'époque déjà la fragmentation des parlers était un argument de la machine de guerre mise en place pour dévaluer l'auvergnat, inspirer la honte à ceux qui le parlent et le mépris aux générations plus jeunes. Plus tard encore, dans une atmosphère de régression plus avancée, trois attitudes bien moins valables font cependant écho à la même préoccupation :

  • Le poète félibréen d'Ambert Régis Michalias appelle "Grammaire auvergnate" ce qui n'est qu'une bonne grammaire ambertoise; Girard publie une grammaire "vellave" qui se fonde sur les parlers les plus méridionaux, voire méridionalisés, de cette contrée. L'espoir subsiste mais ses horizons se rétractent.
  • L'intelligent autodidacte montluçonnais Louis Péroux-Beaulaton, se limitant à la région montluçonnaise, expose cependant une conception élevée de la langue et fournit des spécimens littéraires de talent pour l'appliquer.
  • Les félibres de la seconde génération auvergnate, notamment Benezet Vidal et Henri Gilbert se fourvoient dans l'archaïsation de la graphie et la méridionalisation de la langue. Ne pouvant envisager un avenir propre à leur langue d'origine, ils transfèrent leur rêve sur une conception mythique de la "langue d'oc" à la manière troubadouresque, comme on fait la toilette mortuaire d'une belle Dame défunte du moyen âge.

Il a donc fallu attendre bien tard, après 1970 pour que le Cercle Terre d'Auvergne :

  • Réalise entièrement le programme de Tailhandier : Ecriture auvergnate, grammaires, dictionnaires, revue Bïzà Neirà regroupant les écrivains arvernisants et leur permettant de publier;
  • ouvre la voie à un "auvergnat littéraire et pédagogique" (ALEP) équilibrant le besoin d'enracinement et les nécessités de la communication;
  • mène un combat conséquent contre les différentes idéologies de dénigrement, de réduction et de nivellement (jacobinisme culturel, occitanisme);
  • cherche à ancrer l'auvergnat dans le paysage culturel mondial en dépassant les limites hexagonales, par exemple par le Vocabulaire thématique quadrilingue auvergnat - français - espagnol - anglais (2001).

Il reste maintenant à former un noyau de relayeurs rassemblant plusieurs générations pour réaliser une ambition affirmée : "L'auvergnat au-delà de l'an 2000" et pour que cet effort, enraciné dans la durée, ne soit pas un chant du cygne.

 


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